Monthly Archives: October 2011

The perks of emigrating *

(J’ai retrouvé dans mes archives ce petit article écrit à peu près une semaine avant mon départ à Londres, et j’ai décidé de le publier parce que 1° le monde doit savoir, 2° ça me fait un nouveau post sans que j’aie à me froisser un neurone, et ce serait un crime contre l’humanité de ne pas en profiter. C’est une petite liste (OH OUI UNE LISTE) des choses cools qui vous arrivent quand vous préparez votre expatriation : )

– Se créer un calendrier de l’Avent mental et commencer chaque journée par un gloussement à l’énoncé de la phrase “Dans X jours je pars vivre à Londres”.

– Répondre à la fille du club de gym qui tente de me convaincre de vendre mes cheveux au marché noir pour pouvoir me payer un abonnement annuel au lieu d’une carte de dix séances que “ça me servirait à rien, je m’expatrie dans un mois”.

– Répondre à la fille de la banque qui m’annonce que quelqu’un a chié dans la colle et que mon chéquier s’est visiblement perdu dans un trou noir suite à un paradoxe spatio-temporel et que je l’aurai au plus tard dans un mois que “Ah ben oui mais je pars vivre à Londres dans une semaine”.

– Globalement, faire chier le monde.

– Acheter une Reine d’Angleterre miniature qui agite la main droite dans un élégant salut royal grâce à un mini-panneau solaire greffé sur son sac à main PARCE QUE C’EST UN HOMMAGE À LA CULTURE BRITISH ET QU’IL Y EN AVAIT DANS LA VITRINE DU MAGASIN VUITTON DE LONDRES LE JOUR DU ROYAL WEDDING.

Moi j'ai celle de droite.

– Ouvrir la porte de chez moi et découvrir la plus frappée de mes amies (et je dis ça avec toute la tendresse du monde) déguisée en lapin ventru, avec une petite pancarte “Tu me manques déjà!” à la main.

– Devoir acheter de nouveaux draps (car mon lit en Perfide Albion aura une taille différente de mon lit en Le Belle France – si vous reconnaissez cette référence, bravo, vous êtes une personne de goût dotée d’un sens de l’humour certain) et faire ses courses au rayon “linge de maison”. Feel like a lady.

– Réaliser qu’on fait partie des gens qui auront bel et bien quitté le pays pendant la présidence de Sarkozy. Feel like Che Guevara.

– Se retrouver à genoux dans sa chambre, en train de presser désespérément les bords de sa valise en s’entendant penser “S’IL TE PLAIT DIEU SI CETTE VALISE FERME JE SERAI GENTILLE AVEC TOUT LE MONDE JUSQU’À LA FIN DE MES JOURS”. Constater la fermeture de la valise. Être le seul témoin d’un miracle.

* Les avantages de s’expatrier

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Jamie Oliver et black pudding

(Ce titre d’article contient non pas une, mais bien deux références à la bouffe en seulement cinq mots, je ne m’étonne même plus, je suis officiellement une cause perdue).

Dearly beloved,

Je n’ai pas écrit depuis UNE SEMAINE ce qui est à s’arracher les cheveux, MAIS C’EST PAS MA FAUTE C’EST LES TRANSPORTS (pardon, j’ai tendance à oublier que cette excuse ne fonctionne pas TOUT LE TEMPS, même à Londres) C’EST PAS MA FAUTE Y A MES PARENTS QUI SONT VENUS ME VOIR ET DU COUP J’AI EU UNE VIE TOUT D’UN COUP.

Entre-temps, j’ai pris le thé avec mes copines à l’Orangery, dans les jardins de Kensington Palace, c’était très bon, mais c’est un de ces endroits où les serveurs bossent dans un endroit snob et sont en réalité plus snobs que toi, ce qui peut donner lieu à des situations assez étranges (je veux dire, était-il bien nécessaire d’éclater de rire quand Suzanne a fait cette extravagante demande destinée à savoir où étaient les toilettes?).

À part ça, Kensington, c’est absolument adorable, très chic, et c’est aussi plein de magasins, ce qui en fait une alternative agréable à Oxford Street (qui se transforme chaque samedi en succursale de l’enfer). En sortant de l’Orangery, on est allées chez Whole Foods, qui est une sorte d’immense supermarché/temple du bio, où on peut acheter des légumes, de la viande, des plats préparés, des compléments alimentaires, des livres, des Water Bobbles, des cupcakes, du miel bio qu’on fait couler directement d’un baril, ET PLEIN DE TRUCS QUI REPOUSSENT LES LIMITES DU COOL.

Kensington m’a tellement plu, en fait, que j’y suis retournée avec mes parents ce week-end. On était arrivés depuis environ dix minutes, quand on a vu LA PÂTISSERIE LA PLUS TENTANTE DU MONDE, où on a acheté deux gâteaux, dont un qui s’est révélé être le meilleur cupcake que j’aie mangé de toute ma vie. Sans rire. Sans exagérer. Oubliez Berko, alertez toutes les blogueuses mode : les cupcakes de la pâtisserie de Kensington dont j’ai oublié le nom sont ABSOLUMENT INCOMPARABLES au reste de la population mondiale des cupcakes. C’est tout.

Le soir, on est allés chez Jamie’s Italian, qui est un restaurant appartenant à une chaîne qui elle-même appartient à Jamie Oliver. Si vous ne savez pas qui est Jamie Oliver, laissez-moi vous donner un peu de background à son sujet : c’est un chef cuisiner britannique, très connu et très populaire, qui fait des émissions de télé, et qui est gentil, ce qui en fait LE RIVAL DIRECT DE GORDON RAMSAY.

Alors, je pourrais vous dire qu’en toute objectivité (hem hem), les restaurants de Ramsay que j’ai testés battent à plate couture celui de Jamie Oliver, mais en fait, ils ne jouent même pas sur le même terrain. Ramsay est un chef étoilé, Oliver (si j’ai bien lu sa page Wikipédia) n’a jamais eu ce genre de récompense. Ramsay fait du fine dining (et c’est plus cher), Oliver ouvre des grosses machines qui servent des portions respectables de nourriture simple mais bonne, à des prix raisonnables.

Sur cette magnifique étude comparative, j’ai retrouvé mes parents samedi matin pour prendre le petit déjeuner à leur hôtel (je suis arrivée approximativement une heure en retard, comme quoi, avoir vingt ans ne m’a pas fait perdre toutes les bonnes habitudes acquises pendant mon adolescence – mais en fait C’EST PAS MA FAUTE C’EST LES TRANSPORTS). À table, alors que je portais à ma bouche un pancake vaguement douteux qui était resté trop longtemps dans son réchaud, ma mère m’a annoncé d’un ton détaché que ah oui au fait, Prince était mort dans un hôpital à New York. Je venais de me connecter à Twitter et de vérifier mon Google Reader, et je n’avais rien lu à ce sujet, alors j’étais un peu sceptique. Après quelques vérifications, il s’est avéré que ce quiproquo était la faute de la façon dont les headlines sont rédigés en Angleterre (c’est-à-dire en style télégraphique). Par exemple, on n’écrit pas : “A man got hit by a car” mais “Man hit by car”. Ce qu’avait lu ma mère, c’était en substance : “Prince dies in NYC hospital”, ce qui ne veut pas dire “Prince, le mec qui a chanté Purple Rain, est mort dans un hôpital à New York”, mais bien “UN PRINCE, qui n’a pas chanté Purple Rain, est mort dans un hôpital à New York”.

En fin de compte, Prince est toujours vivant, et c’est un Prince d’Arabie Saoudite qui est mort.

Après ce travail d’investigation de haute voltige, on a rejoint des amis de la famille pour une petite fête d’anniversaire. En substance, j’ai joué avec un yorkshire terrier qui a lui-même joué avec le guitariste des Who dans l’allée d’une banlieue chic londonienne, j’ai mangé du black pudding (du boudin noir, en fait) au petit déjeuner, la France a perdu à un point contre les All Blacks, et j’ai bu du champagne avec mon black pudding pour noyer mon chagrin.

Mes parents sont repartis en France, mais moi j’y retourne dans trois semaines, youhouhou. Aujourd’hui, comme tous les lundis, j’ai eu une journée bien remplie, disons, vu que ma pause déjeuner n’a duré que dix minutes. Mon premier cours de la semaine est toujours consacré à la recréation de l’émission britannique “Question Time” (c’est une émission de débat), et ça se passe principalement dans le studio télé de l’université. Aujourd’hui, on a vraiment enregistré notre passage et on l’a diffusé devant tout le monde, ce n’était absolument pas embarrassant et je n’ai pas du tout subitement réalisé que j’avais l’œil poché et la joue convexe, non non non.

Ce matin, je grognais un peu au moment de partir à l’université, et puis j’ai vu le Gherkin Building dépasser des immeubles de mon quartier, et le monde a tout de suite été un peu meilleur.

(J’ai essayé de faire de la littérature française contemporaine pour ma dernière phrase, et ça n’a pas l’air de plaire du tout à Oprah Winfrey : )


Rendez-vous à Brick Lane

(Le titre de cet article est sponsorisé par le film “Rendez-vous à Brick Lane”, que je n’ai jamais vu mais dont l’affiche me semble particulièrement prometteuse) (soupçon de style Bollywood + rose = prometteur) :

Samedi dernier, donc, je suis allée me promener à Brick Lane avec mes deux acolytes, Morgane et Suzanne (qui, comme son nom ne l’indique pas forcément, est hollandaise). Brick Lane, c’est un mélange de quartier indien et de quartier hipster – ce qui fait qu’il y a des marchands de curry à tous les coins de rue et des gens habillés comme dans un blog de street style un peu partout.

En guise de bienvenue, un type à grosses lunettes et nœud papillon, assis sur un banc à côté d’une nana et occupé à déguster un plat à emporter (sans doute du curry) dans une barquette d’aluminium, s’est soudainement mis à nous crier dessus alors qu’on photographiait un mur situé dans sa proche vicinalité (il faut savoir que les murs de Brick Lane sont souvent tagués/street artés/ par extension, très intéressants). S’en est ensuivi l’échange suivant :

(Le mec au nœud papillon, glapissant comme si on essayait de lui arracher des mains son premier-né) : “STOP!”

(Moi-même, comprenant le malentendu et ne parvenant pas à estimer l’étendue de l’absurdité de la situation) : “I think this guy is yelling at us because he thinks we are taking pictures of him.” (“Je crois que ce mec nous crie dessus parce qu’il croit qu’on est en train de le prendre en photo.”)

(Moi-même, au mec, rouge comme l’hypothétique nouveau-né qu’il pense visiblement qu’on veut lui arracher des mains) : “We’re not taking pictures of you!” (“On n’est pas en train de prendre des photos de toi!”)

(Le mec, atteignant le point de non-retour)  : “STOP POINTING YOUR CAMERA!!” (“Arrêtez de… pointer votre caméra!!”? Un peu approximatif, comme traduction, mais vous saisissez l’idée).

(Morgane, décidant de prendre la situation en main) : “We’re not taking pictures of you, we’re taking pictures of the wall. It’s more interesting than you, eating.” (“On prend pas des photos de toi, on prend des photos du mur. C’est plus intéressant que toi en train de manger.”)

(La nana assise à côté du type) : “…” (Ah ben non, elle parle pas, mais elle se cache avec sa main telle Nolwenn Leroy devant un paparazzo.)

(Moi, cherchant une réplique qui fait mouche mais ne trouvant qu’une réplique en forme de pétard mouillé à la place) : “Get over yourself!” (“Arrête de te croire sorti de la cuisse de Jupiter”, en gros).

On a tourné les talons, et laissez-moi vous dire que j’étais pas contente-contente.

On est allés se changer les idées chez Rough Trade, le magasin de musique indépendant où tous les hipsters achètent leurs vinyles, et où tous les touristes jouent avec leur photocabine – ce qu’on a fait. Voilà le résultat :

Il existe aussi une version de cette photo où on ne voit quasiment que ma grosse tête parce qu'on ne maîtrisait pas encore l'art du placement dans la photocabine, mais je ne la mettrai pas car j'ai très honte.

On a continué à se balader, et en chemin, cinq ou six types (dont un affublé d’un boa en plumes rouges) nous ont demandé si on pouvait monter avec eux sur un vélo, tous en même temps. Apparemment, c’était pour une sorte de pari – ils avaient une liste de gages à faire faire à des passants, et je crois qu’on a vu l’équipe contre qui ils jouaient – ça ressemblait fort à un enterrement de vie de garçon, d’après notre diagnostic. Alors on s’est retrouvés à dix sur un Barclay’s bike (l’équivalent londonien du Vélib’), puis ils nous ont demandé de monter sur leur dos (c’était pour un gage aussi, je vous rassure, c’était pas une sorte de fétichisme étrange), ce qu’on a fait gaiement. Après ce moment de pure normalité, on est allées dans un café suédois qui s’appelait Fika (ce qui semble logique, puisqu’un fika c’est une sorte de café suédois, en fait). J’ai mangé une gaufre avec une boule de glace à la vanille dessus, c’était très bon, mais ç’aurait été encore meilleur s’ils n’avaient pas oublié de nous apporter notre commande jusqu’à ce que Morgane aille leur demander où ça en était – réponse : “Ah ben on a complètement oublié de vous apporter votre commande.”).

Ce n'était pas seulement bon, c'était aussi joli.

Et le soir, je suis allée avec Suzanne et Bridgette (qui est australienne) au concert de Katy Perry dans la GIGANTESQUE salle de l’O2 Arena. Et quand je dis “gigantesque”, je veux dire “gigantesque” – enfin, c’est l’endroit dans son ensemble qui est gigantesque, la salle, elle, doit faire à peu près la taille de Bercy à Paris (ce qui n’est pas petit mais rentre déjà dans l’ordre de dimensions connues). Voyez-vous, je suis parisienne depuis vingt ans, je n’ai donc pas l’habitude de me sentir comme une petite fourmi perdue au milieu d’un grand édifice prêt à l’engloutir, mais là, j’ai été impressionnée. En grand, l’O2 Arena, c’est une sorte de centre commercial surdimensionné, mais avec uniquement des restaurants, et une salle de concert au milieu. Juste avant l’entrée, il y avait un WH Smith qui faisait aussi supérette (normal), j’ai acheté de l’Advil avec un enthousiasme démesuré pour mettre fin à la migraine qui avait transformé ma tête en enclume toute la journée (déjà que Katy Perry n’est pas réputée pour sa sobriété, je me voyais mal l’affronter avec une migraine).

Une petite sculpture pour décorer le hall d'entrée de l'O2.

Le temps d’attraper un panini au Starbucks, de se tromper une fois d’entrée, et de se voir retirer les bouchons de nos bouteilles d’eau (à quoi sert une bouteille sans bouchon? À rien, voilà à quoi ça sert), et hop, on avait déjà rejoint la fosse du colossal O2. Et figurez-vous que LA SALLE SENTAIT LA BARBE À PAPA. J’entends par là que c’était fait exprès, pour coller au thème “bonbons et sucreries” de la tournée (ou plutôt devrais-je dire, du California Dreams Tour). Après deux petites heures d’attente et de premières parties (oui, il y avait bien deux premières parties), KATY PERRY est arrivée, toute de paillettes vêtue.

C’est à ce moment du récit qu’il faut que je vous explique que j’ai toujours eu une affection particulière pour Katy Perry. J’en ai entendu parler pour la première fois il y a fort longtemps (et maintenant que j’y pense, je crois que c’était à Londres), dans – accrochez-vous bien – Dazed and Confused, LE magazine branché/arty préféré des hipsters (qui aujourd’hui sont pris de syncopes à la seule évocation de son nom). À l’époque, elle était encore relativement peu connue, et faisait même office de plaisir coupable chez certains amateurs de gros son. Ça me laisse toujours songeuse, de savoir qu’elle n’est pas passée loin d’une carrière d’icône girly-trash underground. Accessoirement, une femme sachant associer un soutien-gorge cupcakes à une perruque bleue avec autant d’élégance mérite une admiration sans borne.

Sans compter qu’au moment où les affectations de troisième année ont été annoncées, et où il est donc devenu officiel que j’allais passer l’année à Londres, j’étais chez Sephora en train de chercher du vernis à paillettes Katy Perry (issu de sa collection en partenariat avec O.P.I.), il était donc inscrit dans les étoiles qu’il FALLAIT que j’aille à ce concert.

Eh bien, c’était super. J’ai une nouvelle incroyable à vous annoncer : Katy Perry sait vraiment chanter. Moi non plus, je n’y croyais pas, mais elle a vraiment une belle voix, et elle sait faire des trucs avec et tout et tout. À chaque changement de costume, on nous passait des petits bouts d’un film qui constituait la trame narrative (c’est le membre de l’Académie Française en moi qui parle) du concert (le pitch : Katy est une jeune fille belle mais pauvre, qui travaille chez un méchant boucher tout en rêvant de cupcakes, qui vit avec son chat et tombe amoureuse d’un jeune boulanger et qui, une nuit, se retrouve propulsée dans un monde enchanté plein de sucreries. À la fin (spoiler alert!) elle est à deux doigts de tomber dans les bras du jeune boulanger, quand tout à coup, elle se réveille, et découvre que tout ceci (ce qui a constitué le concert, donc) n’était qu’un rêve (mais je vous rassure, le jeune boulanger est toujours là quand elle se réveille)). À un moment donné du récit, elle mange un space brownie, et je ne suis pas sûre que les gamines présentes dans la salle (dont plusieurs déguisées en Katy Perry, perruque bleue à l’appui) aient bien compris cette étape –  et en même temps, tant mieux. Et, mis à part le fait que j’aie enfin vu des pistolets à tee-shirts en vrai (qu’ils utilisent pour propulser des tee-shirts gratuits dans le public), elle a fait monter des spectateurs sur scène, elle a chanté depuis une espèce de nacelle volante pour aller inspecter le fond de la salle de plus près, elle a dansé avec un chat en peluche géant, elle a arrosé le public de mousse, des confettis et des ballons de plage sont tombés du ciel pour qu’on joue avec.

Et maintenant, après le choc des mots, le poids des images :

Voilà, c'est ça, la nacelle qui lui sert à voler par-dessus le public.

C'est la fête \o/


Never trust a skinny chef (ou : “Zumba eh eh eh eh”)

“Never trust a skinny chef” (“Ne fais jamais confiance à un chef maigre”) est un adage que j’ai pris en affection depuis que mon chef cuisiner préféré (est-ce vraiment la peine que je précise lequel?) l’a posté sur Twitter il y a peu.

Sauf que moi, je ne suis pas chef, et donc je dois compenser par des heures de sudation et de palpitations cardiaques mon amour immodéré du sucre, du gras et des deux combinés. C’est bien pour ça que cet été, je me suis mise à la zumba – si à la lecture de cette phrase vous avez ricané, sachez que je ne vous en veux pas. La zumba, c’est, en gros, un programme de fitness inspiré de danses latino-américaines (comme la samba, la salsa, le merengue, et aussi des trucs aussi glamours que le cha-cha-cha) créé par Beto Perez, chorégraphe de Shakira selon Wikipédia.

Croyez-le ou non, je n'avais jamais vu sa photo jusqu'à ce soir, il n'a donc rien à voir avec ma motivation à faire de la zumba.

La première fois que je suis allée à un cours de zumba (cet été, à Paris), j’étais moi aussi hyper ironique. Sur le papier, la zumba, c’est typiquement le cours pas pour moi – il faut savoir que je suis avant tout une GROSSE COINCÉE. La fille chiante qui ne veut jamais faire la poule pendant les Crazy Signs du Club Med, c’est moi. Déjà, à quatre ans, lorsque j’ai découvert la danse des canards, j’étais absolument horrifiée – comment des adultes présumés responsables, autorisés à exercer des emplois et à conduire des voitures, pouvaient-ils s’abaisser à un tel niveau de dégradation? La vision d’adultes en costumes-cravates en train de faire la chenille et de battre des bras pour imiter la volaille me réveille encore la nuit.

Donc, la première fois que j’ai mis le pied dans une salle de zumba, je me mordais l’intérieur des joues, c’est rien de le dire.

Eh bien, j’ai été bien attrapée. Mon professeur s’appelait Amandine (et quelqu’un qui porte un nom de gâteau ne peut pas être foncièrement mauvais), et la première fois que je l’ai vue, elle portait un pantalon de sport rose vif avec des cordons multicolores qui ont voltigé quand elle a sauté trois marches à la fois (cette punk). Elle avait la voix cassée mais ça ne l’a pas empêchée de pousser des petits cris de temps à autre qui auraient pu m’étonner dans un autre contexte mais qui, là, faisaient juste couler un peu plus d’adrénaline dans mes veines. Quand les points de côté se faisaient sentir et que j’étais tellement essoufflée que l’idée même d’oxygène n’était plus qu’un lointain souvenir, elle nous rappelait de sourire – on sourit tout le temps à la zumba, même quand on prend conscience que nos ondulations du bassin ressemblent plus à des spasmes épileptiques qu’à un ode à la sensualité.

Et donc, pendant cette première heure de cours, je n’ai pas seulement ondulé du bassin – chose que je refusais de faire même lors de mes séances de danse solitaires devant mon miroir quand j’avais quinze ans (le air guitar, c’est beaucoup plus chic) – j’ai aussi secoué mes épaules, compris ce qu’était un cha-cha-cha, et MIS DU SOLEIL ET DE LA BONNE HUMEUR DANS MES MOUVEMENTS. Et j’ai adoré ça. À la fin, Amandine nous a dit de nous rassembler en cercle, de joindre nos mains au centre et de les relever en criant “ZUMBA!” (un peu comme un cri de guerre, quoi), et je l’ai fait. La première fois, il est possible que j’ai juste levé la main sans crier quoi que ce soit, mais je peux vous assurer qu’au bout de quelques semaines, ce “ZUMBA!” sortait avec toute la force dont mes poumons étaient capables après une heure de cardio.

J’y suis allée chaque semaine pendant le reste de l’été (sauf cas de force majeure, par exemple, le fait que ce qui aurait du être mon dernier cours tombait la veille du jour où j’allais m’expatrier pour un an). Je m’étais promis de m’y remettre à Londres, et DEVINEZ QUOI?

JE NE SUIS PAS ENCORE LÀ DEPUIS UN MOIS ET J’AI DÉJÀ REPRIS LA ZUMBA, je sais, je sais, c’est fort.

Ça s’est passé dans les sous-sols de mon université et c’était fort sympathique. Un tout petit peu moins épatant qu’à Paris, quand même – mais en même temps, pour une livre le cours, je ne pense pas être en position de me plaindre. J’y retourne la semaine prochaine, et en attendant, pour vous donner une idée de ce à quoi ça ressemble, vous pouvez regarder ça (sauf que moi je me balade pas en soutien-gorge et je porte un tee-shirt, comme quoi, la zumba ne m’a pas encore fait perdre toute pudeur) :


A basket of puppies

Nous sommes ravis de vous informer que la rentrée de la petite Mercy s’est bien passée – elle a taillé ses crayons, endossé son petit cartable, emprunté des tonnes de livres à la bibliothèque et harcèle en ce moment même les représentants du commerce local pour obtenir d’eux une interview en vue d’un devoir sur Halloween dont le premier brouillon doit être rendu lundi (ici ça déconne pas avec Halloween, et dès le 7 octobre, tout le monde est déjà au taquet).

Sinon, j’ai aussi:

– fait l’andouille devant Buckingham Palace, victime de l’ivresse de l’été indien:

– découvert que mon panier à linge pouvait finalement avoir une utilité quelconque:

– vu que l’Apple Store de Covent Garden avait été lui aussi transformé en mémorial à la mémoire de Steve Jobs:


Mais surtout, j’ai visité les studios de la BBC.

Enfin, la moitié, parce qu’on est arrivés en retard. Comme souvent à Londres, “C’EST PAS MOI C’EST LES TRANSPORTS”. Ce n’est au bout que d’une épopée pleine de larmes, de désespoir, de pessimisme (moi), d’astuce (Morgane) et de soutien moral (Pierre) que nous sommes arrivés tous les trois au Television Center (qui a la forme d’un point d’interrogation). Alors qu’on s’apprêtait à supplier le type de la réception de nous laisser rentrer ou au moins attendre la visite suivante, il a été cool comme Bob Marley et il nous a dit de nous asseoir et que quelqu’un viendrait nous chercher (ce qui est peu ou prou ce qu’on a dit aux naufragés du Titanic avant de les laisser mariner dans l’eau glacée, alors je n’étais qu’à moitié rassurée). J’ai donné 20 pence à un distributeur de bonbons en échange d’une poignée de Skittles – c’est donc la bouche pleine de sucre et les nerfs apaisés que j’ai salué le type qui est venus nous cueillir et qui nous a fait passer la sécurité. Sur le chemin, il s’est mis en tête de nous expliquer comment les contrôles allaient se passer : “It’s like an airport, it’s quite exciting”. Personnellement, j’ai trouvé qu’il en faisait un peu trop – mais peut-être que je ne sais plus apprécier les joies simples de la vie et que poser mon sac sur le tapis d’une machine à rayons X et passer sous un détecteur d’objets en métal devrait constituer une aventure proprement décoiffante en soi, je ne sais pas.

Toujours est-il qu’on a retrouvé notre groupe, notre guide et nos copains après avoir appris que “Vous avez loupé la partie “news” de la visite, j’espère que ça ne vous intéressait pas trop” (réponse donnée : “On a plus d’une demi-heure de retard donc je pense qu’on n’est pas trop en droit de se plaindre, héhéhé”, réponse pensée : “JE SUIS VENUE EXPRESSÉMENT POUR ÇA ET JE M’APPRÊTE À PLEURER DES LARMES DE SANG DONC TU FERAIS MIEUX DE T’ÉCARTER”).

Mais finalement, on a vu des trucs sacrément chouettes et les guides (on en avait deux, un jeune et un vieux) nous ont raconté plein d’anecdotes – et moi j’adore les anecdotes, c’est mon côté nana authentique, tu vois. D’abord, une de mes copines, elle aussi étudiante en échange, a pu donner la météo face à un écran bleu (je suis si jalouse, c’est mon fantasme ultime). Ensuite, le jeune guide nous a expliqué que c’est grâce au principe de l’écran bleu que l’effet “cape d’invisibilité” est créé dans les films d’Harry Potter (et il a sorti un bout de toile bleue pour qu’une autre de mes copines puisse essayer – porter une cape d’invisibilité, mon fantasme n°2 après “présenter la météo”). Au passage, on a vu un studio dans lequel ils étaient en train de filmer une émission culinaire, ça m’a beaucoup plu, forcément.

Ensuite, on a visité une superbe loge dans laquelle ils reçoivent certaines stars invitées à leurs émissions. C’est là que ça devient assez intéressant. Voyez-vous, la BBC est une chaîne publique, par opposition à une chaîne “commerciale”. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas vraiment besoin d’avoir des invités absolument spectaculaires pour que leurs émissions fassent de l’audience. Par extension, donc, ils n’ont pas à céder à tous les caprices des célébrités qu’ils accueillent. Par exemple, quand Mariah Carey leur a demandé un panier avec des chiots dedans pour jouer avec afin de se relaxer avant son passage devant les caméras, ils ont dit niet (en revanche, apparemment, elle a obtenu de pouvoir jouer avec des chatons lors de sa visite à une chaîne commerciale, quelques jours plus tard). Néanmoins, ils cèdent quand même régulièrement à quelques extravagances : Lady Gaga requiert deux frigos pour garder ses perruques au frais (là j’avoue que j’ai un peu de mal à comprendre : c’est pour se rafraîchir, ou c’est parce que le froid fige les coiffures et les maintient en place?), George Michael n’aime pas les serviettes utilisées habituellement dans le studio et demande des serviettes d’une marque spécifique (et assez chères) qu’il emporte en partant, Madonna a demandé une image du Pape dans sa loge pendant sa période catholique (et si j’ai bien compris, ces petits malins de la BBC ont préféré aller emprunter la statue du Pape chez Madame Tussauds, et Madonna, dans toute son humilité, a vraiment cru, pendant quelques secondes, que le Pape s’était déplacé pour la bénir avant son passage). En revanche, Paul McCartney est un homme simple (et de bon goût) qui ne veut pas utiliser la jolie loge qu’on a vue (parce qu’il y a du cuir et des matières animales dedans alors qu’il est vegan) et en préfère une plus dépouillée.

À la fin de la visite (et juste avant de nous faire passer par le magasin de souvenirs), les guides nous ont emmenés dans la réplique d’un studio d’enregistrement, où deux de mes copines ont pu lire le journal du soir (enfin un faux journal, qu’on soit bien d’accord), et où j’ai participé, face à deux autres “concurrentes”, à l’équivalent britannique du Maillon Faible (mais présenté par le jeune guide). C’était cool dans une mesure absolument décadente, et j’avais un BUZZER. Eh bien, ça vous fait perdre la tête, ces machins-là. J’ai réussi à garder la tête froide le temps de la première question, mais ensuite j’étais aussi enragée que Bastien, candidat à Questions pour un Champion, en chemise rouge dans cette vidéo :

À la fin, ma copine Naomi et moi-même étions à égalité, et elle a répondu juste à la question posée pour nous départager – elle a donc remporté une tasse BBC Tours, et la troisième concurrente et moi-même avons eu droit à un stylo (j’étais absolument euphorique, je gagnais jamais rien aux concours quand j’étais gamine alors c’était une grande revanche sur la vie).