Monthly Archives: September 2011

Mercy’s Kitchen Nightmare

Partir en 3A, c’est l’occasion de se lancer des défis, de repousser ses limites, et surtout, de réaliser des rêves nourris de longue date.

Dans mon cas, tout cela ne signifie qu’une chose : aller manger dans un restaurant de Gordon Ramsay.

Si vous ne savez pas qui est Gordon Ramsay, laissez-moi donc contextualiser un peu : c’est un chef britannique célèbre pour être le présentateur/arbitre/protagoniste de plusieurs émissions, parmi lesquelles Hell’s Kitchen (où il crie sur des candidats qui sont censés cuisiner et qui, de toute évidence, font n’importe quoi) et Ramsay’s Kitchen Nightmares (où il rend visite à des gens qui sont censés gérer des restaurants et qui font aussi n’importe quoi – sauf que là après avoir crié il essaie aussi de redresser la barre). Dans les jingles de ces émissions, on le voit souvent en train d’aiguiser énergiquement des couteaux de cuisine, à croire que c’est son passe-temps favori. Il a onze restaurants à Londres, et assez d’étoiles au Michelin pour redécorer le drapeau américain. Il a écrit des tonnes de livres de recettes, ainsi qu’une autobiographie intitulée Humble Pie – cet homme est BRILLANT. Il est réputé pour son emploi surabondant du mot “FUCK” ainsi que de ses multiples dérivés, et sa page Wikipédia contient une section “near-death experiences” (autrement dit : “expériences de mort imminente” – au pluriel, oui oui). *

"J'aime les longues promenades sur la plage et les bébés animaux."

Je n’ai découvert son existence que cet été, lorsque je suis tombée par hasard sur un épisode de Ramsay’s Kitchen Nightmares. Le coup de foudre fut immédiat. Aucun doute possible : cet homme était mon nouveau héros. Là où tout le monde ne voyait que de la méchanceté (ou tout du moins un tempérament assez énervé), je ne voyais que de la passion. Et alors que tout le monde n’entendait que ses jurons, ses gueulantes n’étaient qu’une douce musique à mes oreilles.

Alors, quand il a fallu prévoir un petit programme sympa pour les deux jours que mes parents allaient passer avec moi après mon arrivée à Londres, mon sang n’a fait qu’un tour : j’allais pouvoir goûter la cuisine du seul homme à avoir détrôné Cyril Lignac dans mon coeur. N’étant pas naïve au point de penser que Gordon Ramsay est assez balèze pour faire la popote dans ONZE restaurants en même temps, je réalisais bien qu’il n’aurait pas vraiment pelé mes carottes ni cuit mon steak, mais cette perspective n’en demeurait pas moins formidable.

Le dimanche soir, mes parents et moi sommes donc allés dîner au Maze Grill Gordon Ramsay, où on s’est pointés trente minutes en avance sur notre réservation après avoir traversé la moitié de Londres à pieds. Plus tôt dans la journée, on avait visité Buckingham Palace et j’étais encore tout excitée d’avoir vu la ROBE DE MARIÉE DE KATE MIDDLETON le et les marches où elle et son William ont pris leurs photos de mariage. J’étais donc encore pleine de l’enthousiasme caractéristique d’un enfant de huit ans après une virée dans une boutique Disney.

C’est d’ailleurs bien pour ça que j’ai commandé un Bellini pour l’apéritif. Si un jour vous êtes en panne d’inspiration alors que la soif se fait ressentir, arrêtez tout de suite de réfléchir et commandez un Bellini : c’est du champagne avec de la pêche dedans et je suis sûre que ça a le même goût que le nectar que buvaient les dieux de l’Olympe dans mes versions de latin.

Alors que j’étais en train d’évaluer mon Bellini sur une échelle de 1 à 10 (j’ai une certaine expérience du Bellini, c’est aussi pour ça que j’en ai commandé un : pour pouvoir établir une comparaison avec ceux que j’avais déjà goûtés. Disons qu’il méritait un bon 8.5/10), ma mère a entrepris de me prendre en photo, mais à la place elle a préféré se vautrer (gracieusement – ma mère c’est un mélange de Kate Middleton et de Bree Van de Kamp alors pensez-vous) par terre. Après investigation, il s’est avéré qu’elle avait eu un accident de banquette en reculant pour prendre la photo en question – ce sont les risques du métier, et ce n’est pas Sean Smith, photojournaliste de guerre qui a immortalisé les combats en Irak, qui dira le contraire.

Une fois ma mère relevée et notre table prête, on est passés à ce pour quoi on était venus : la bouffe. Comme on était dans un grill et que chez Ramsay, ça déconne pas, une serveuse est venue nous montrer des échantillons de viande crue pour qu’on puisse faire notre choix en toute connaissance de cause. Dans le tas, et là je sais qu’il y en a qui vont avoir du mal à le croire, mais C’EST LA VÉRITÉ, il y avait un morceau de viande extraite d’un bœuf qu’on avait massé et à qui on avait fait écouter de la musique pour qu’il soit moins stressé (et donc donne de la viande plus tendre) (c’est japonais, tu peux pas comprendre). Forcément, ça m’a beaucoup plu, cette histoire, et j’ai immédiatement entrepris de commander un morceau de viande de bœuf mélomane, sauf qu’après un petit coup d’oeil sur la carte, il s’est avéré que ça coûtait le prix d’un rein au marché noir. À la place, j’ai pris un steak de bœuf nourri à l’herbe, et c’était succulent aussi. Il est arrivé sur une planche de bois avec un couteau glissé dans un étui de papier sur lequel était inscrit “rare” (“saignant”, en français, ce qui, vous l’aurez compris, était la cuisson que j’avais demandée), ce que j’ai interprété comme une allusion au fait que les couteaux sont un peu devenus la marque de fabrique de Ramsay, la preuve en images :

Avec mon bœuf non mélomane, j’ai pris des frites – “super original”, vous allez me dire, mais là encore, j’ai une explication rationnelle : je voulais pouvoir établir une comparaison et savoir si chez Ramsay les frites étaient vraiment meilleures qu’ailleurs (réponse : elles sont bonnes et ne laissent pas de gras sur les doigts). Pendant ce temps-là, mon père consultait la carte des vins – ou plutôt jouait avec, puisque la chose était un F*CKING IPAD. En revanche, il a essayé de cuisiner un peu le sommelier sur la région française dont était issu tel ou tel vin, et il paraît que l’échange n’a pas été très fructueux. Bon.

Dans la salle, il y avait un type (probablement un manager) dont le seul rôle était d’être là et de superviser l’organisation du travail des serveurs. Fun fact : je l’ai entendu parler français à une des serveuses, ce qui est un peu malencontreux si vous voulez mon avis, puisqu’on avait décidé de le surnommer “le Bulldog” en raison de son air patibulaire et de son ton légèrement autoritaire envers la serveuse en question – bien qu’il ait été fort aimable avec la clientèle et esquissé un sourire à mon encontre.

À ce stade du repas, j’ai noté un truc que seul Sherlock Holmes en personne aurait pu remarquer à part moi : il n’y avait ni salière, ni poivrière sur notre table (et sur celles des autres non plus, croyez-moi, j’ai vérifié). La seule explication plausible que j’ai trouvé à ça (puisque ce n’était visiblement pas un oubli –  je veux dire, oublier les salières et les poivrières pour TOUTE LA SALLE ce serait un peu gros, non?), c’est que les plats arrivent déjà parfaitement assaisonnés, et que ce n’est pas au client de doser le sel et le poivre. Le fait est que mon steak et mes frites étaient salés juste ce qu’il fallait (alors qu’ils ne nous avaient posé aucune question du type “Mangez-vous bien salé ou au contraire pas du tout?” – je pense qu’ils ont lu dans nos pensées, en fait). Ça m’a fait pensé à un épisode de Kitchen Nightmares où Gordon Ramsay descend dans un restaurant indien où les clients ont une option “Build your own curry”, et où Ramsay s’offusque parce qu’à coup sûr les gens ne sauront pas quoi mettre dans leur curry et feront des mélanges infâmes. Aurait-il poussé le raisonnement jusqu’au dosage du sel et du poivre? Sans déconner, je meurs d’envie de lui poser la question sur Twitter, mais 1° je lui ai déjà envoyé un tweet de groupie complètement dénué de dignité suite à ce dîner, 2° j’ai peur qu’en fait ça ait été un oubli et que mon tweet déchaîne les foudres ramsayennes sur un employé.

Bon, c’est bien gentil, tout ça, mais c’est quand on est sortis du restaurant (après des desserts absolument mémorables : un cheesecake au chocolat à se rouler par terre pour moi, un sundae léger comme un nuage et accompagné de limonade, ce qui paraît surprenant mais qui est surtout très astucieux, pour ma mère, et une tarte au nom étrange, mais très bonne, pour mon père) que le vrai fun a commencé, en fait.

Voyez-vous, le Maze Grill est un restaurant attenant à un hôtel. C’est-à-dire qu’on peut accéder à l’hôtel via le restaurant et vice-versa. Nous, malins comme des singes, on a pensé que ce serait très intelligent d’aller se poster devant l’entrée pour choper un taxi (car comme chacun sait, les taxis fréquentent pas mal les abords des hôtels). On est donc sortis par une “porte-tourniquet” (mais si, vous voyez ce que je veux dire), on a vu qu’il n’y avait pas de taxis, on a entrepris de re-rentrer. Notez à ce moment du récit qu’il y avait un mariage dans l’hôtel, c’est important pour la suite. On était donc entourés de gens en robes du soir venus célébrer l’amour éternel de deux de leurs proches (et écouter de la musique très fort si j’en crois les bruits qui filtraient de la salle des fêtes).

Tout ce serait bien passé si mon père n’avait pas filé comme une flèche en direction de l’hôtel et s’il n’avait pas échoué à constater l’existence de la paroi en verre qui le séparait de l’entrée de la “porte-tourniquet”. Et s’il ne s’était pas pris la paroi en verre en question dans la tête par voie de conséquence. Et s’il ne nous avait pas regardées d’un air offusqué qui semblait crier “MAIS QUI A MIS ÇA LÀ?!” en se tenant le nez. Et si tous les gens du quartier ne s’étaient pas approchés – d’un seul coup, mon père était devenu la nouvelle attraction locale, et ces gens n’avaient pas l’air décidés à le laisser partir comme ça.

Trois dignes représentants du troisième âge, en particulier, se sont agglomérés autour de lui pendant que je pouffais telle une fille indigne. Un pépé lui a demandé si ça allait, un deuxième lui a dit qu’il y avait un médecin dans l’assistance, une mémé lui a demandé s’il voulait s’asseoir. Sans préavis, ils s’étaient lancés dans une espèce de concours du Meilleur Samaritain. Je crois bien qu’ils se seraient mis des pains dans la gueule en criant “REGARDE COMME JE SUIS PLUS SERVIABLE QUE TOI” si mon père n’avais pas décidé de prendre la parole pour éviter qu’ils appellent une ambulance et alertent la presse locale alors qu’il ne saignait même pas du nez.

Après les avoir rassurés, il a consenti à demander de la glace à un monsieur de l’hôtel qui passait par là, mais bon, c’était bien pour leur faire plaisir. On est donc allés se poser dans le lobby, mon père avec son torchon plein de glaçons sur le nez. Personnellement, puisque j’étais désormais certaine qu’il allait bien, je riais aux larmes et frisais la crise d’apoplexie dans un fauteuil à côté – au point que j’ai entendu quelqu’un demander à quelqu’un d’autre si je riais ou si je pleurais (je pleure très facilement de rire, CRUCIFIEZ-MOI). Puis un type est passé par là et m’a demandé comment allait “l’autre gars”, j’ai mis deux secondes à percuter (c’est le cas de le dire, haha) mais j’ai fini par comprendre qu’il déconnait et qu’il insinuait que mon père s’était battu dans la rue, ce à quoi j’ai répondu que l’autre gars était à l’hôpital (parce que mon père c’est le plus fort – sauf qu’en vrai il ne se bat pas dans la rue parce qu’il est poli).

Avec tout ça, le mec de l’hôtel nous avait appelé un taxi, lequel a du supporter un fou rire mémorable de vingt minutes et a probablement du raconter à sa femme en rentrant chez lui qu’il avait trimballé trois maniaques – pour tout vous dire, je ne le blâme pas.

Bref, si je devais résumer cette soirée en une image, je ferais une petite tête satisfaite comme celle-là :

* Si vous voulez tout savoir, Gordon Ramsay a frôlé la mort deux fois : la première, quand il est tombé dans de l’eau glacée lors du tournage d’un reportage sur la chasse aux macareux en Islande, la seconde fois, quand il a failli se faire flinguer pour avoir investigué d’un peu trop près le problème du commerce illégal d’ailerons de requins au Costa Rica.


“Choubidouuuuu” (ou “une journée à Camden)

Aujourd’hui, Morgane et moi sommes allées visiter cette Cour des Miracles/repère de punks à crête/dernière demeure d’Amy Winehouse qu’est Camden (et on a bien failli ne jamais en revenir).

Ambiance détendue.

Tout a commencé dans cette boutique qui avait un chouette drapeau Kate & William accroché devant. Bien évidemment, moi les drapeaux Kate & William, j’adore ça, et puis ce serait un ajout de valeur à ma collection de goodies du Royal Wedding (c’est vrai que deux porte-clés, un verre à shots, un aimant, un torchon, une boite à musique qui joue “God Save the Queen”, un tee-shirt, un mug, un livre et quelques cartes postales, c’est encore un peu maigre). Alors on s’est arrêtées pour jouer un peu avec le drapeau et pousser des exclamations ravies.

C’est là qu’un vendeur est sorti du magasin et nous a parlé en français, et nous a dit qu’on avait l’air de Françaises et même de parisiennes. Il était sympa alors quand il nous a dit “Allez venez, rentrez”, ben on est rentrées. Et, là, comment dire? C’était pas exactement ce à quoi on s’attendait, pour un magasin qui aguiche le tout-venant avec son drapeau Kate & William. Il y avait des habits gothiques du sol au plafond : des chaussures à plateformes à profusion, des débauches de jupes à froufrous, du cuir, du latex (on y reviendra), des clous, et surtout deux filles sorties tout droit d’un épisode de la Famille Adams qui nous ont dévisagées – alors que personnellement, les gens qui ont l’air de sortire d’un épisode de la Famille Adams, sincèrement, ça me dérange pas. L’une des deux, que j’appellerai Morticia pour des raisons relativement évidentes, nous a demandé si on cherchait quelque chose en particulier, ce à quoi on a répondu “Euh non, on regarde juste”.

La réponse exacte aurait été : “Euh non, on s’est juste fait attirer là-dedans par ton collègue qui nous a appâtés avec un drapeau Kate & William et maintenant on se demande un peu ce qu’on fout là”, mais bon, on n’allait pas se lancer dans des explications dithyrambiques non plus.

Puis, le vendeur, toujours le même, celui qui nous avait cueillies à l’entrée, nous a dit “Ça continue en bas, venez voir”. Alors nous, ben on est allées voir. Rétrospectivement, je me rends bien compte qu’on a l’air aussi naïf que Blanche-Neige quand elle s’écrie : “UNE POMME? DE LA PART D’UNE PARFAITE INCONNUE? IL FAUT ABSOLUMENT QUE JE GOÛTE ÇA !!!” mais sur le coup, on n’allait pas lui dire : “Non je descendrai pas parce que j’ai peur que tu sois un serial killer”. Alors on est descendues.

Et là, sans déconner, une autre de ses collègues lui a dit “Ah, another victim”. Et ensuite elle a ri, mais quand même, quand vous vous imaginez déjà tombée dans l’antre d’un tueur digne d’Enquêtes Impossibles (l’émission présentée par Pierre Bellemare) et que vous entendez ça, laissez-moi vous dire que vous riez jaune.

Mais bon, y avait pas tellement de tronçonneuse au sous-sol, juste des fringues. Pendant qu’on faisait un tour et qu’on bougeait quelques cintres parce qu’il fallait bien s’occuper les mains, le vendeur s’est mis en tête de nous faire la conversation. Sauf qu’il n’était pas tellement en phase avec le monde extérieur, en fait, et du coup ça donnait des conversations de ce genre-là (imaginez-vous qu’en plus, il nous parlait alternativement français et anglais sans aucun souci de cohérence) :

“Ouais nan mais la France c’est bien, franchement ici y a des gens qui viennent de partout et parfois c’est bien pire.

– Ah oui? Et c’est quoi, “bien pire”?

– Nan mais oui la France c’est bien.

-…”

Ou encore :

“Et vous êtes là pour les vacances, pour les études…?

– Pour les études, on est en échange pour un an.

– Ah et donc vous restez combien de temps?

-…”

On a fini par remonter jusqu’au rez-de-chaussée, le type nous a proposé de voir les pantalons et les jeans et l’étage mais on a dit que ça irait, merci. Et c’est là que tout a déraillé et que nous avons plongé tête la première dans l’absurdité la plus totale.

Un gros pépé derrière le comptoir nous a fait signe d’attendre, et il a sorti un corset en vinyle violet et noir. UN CORSET EN VINYLE. Et il a prononcé ce qui devait être un des seuls mots de français qu’il connaissait : “CHOUBIDOUUUUUUUUUUUU”. Avec une intonation qui devait ressembler de façon frappante à ce que Natasha Kampusch a entendu avant de passer huit ans dans une cave. Et puis il m’a fait signe d’approcher et de venir l’essayer, ce corset.

Alors là, j’ai dit non non non et j’ai commencé à reculer progressivement comme mon moniteur d’autodéfense me l’aurait appris si j’avais pris des cours d’autodéfense. Comme il insistait, j’ai fait une blague qui, à mon avis, aurait mérité beaucoup plus de rires que ce qu’elle a récolté, mais bon. J’ai dit : “It’s not my color!” (“Ce n’est pas vraiment ma couleur“, en français dans le texte). Au lieu d’éclater de rire face à mes bons mots, il a dit : “I’ve got a colour for you“, d’une façon à peu près aussi menaçante que quand l’équipage du Hollandais Volant dit “Part of the ship, part of the crew” dans Pirates des Caraïbes.

(Oui voilà, comme ça).

Là, on a dit au vendeur qui parlait français “Merci, au revoir” et on est sorties, avec la certitude d’avoir échappé à une mort certaine et douloureuse.

Mais bon, Camden, c’est quand même formidable, on a passé un après-midi très très cool (oui, allez-y, argumentez sur le genre du mot “après-midi) et on a vu plein de choses :

Des choses sur les marchés :

Des façades funky :

Des boutiques flippantes avec plein de mannequins en plastique dedans (mais des chouettes vêtements vintage) :

Du bubble tea et une machine trop kawai :


Du fluo et des carillons :


Au mur d’un Starbucks, la silhouette de l’enfant du quartier :

Et de retour dans “mon” quartier, un certain couple royal :


Defying gravity

J’ai toujours vachement fantasmé sur l’univers des séries télé. En même temps, qui n’a jamais rêvé de passer de l’autre côté de l’écran? Personne, voilà qui. Déjà petite, je fétichisais la façon dont les”médecins” d’Urgences (enfin les acteurs, quoi) tenaient leur tasse de café. Si vous voulez tout savoir, c’est le Dr. Mark Greene (celui avec les lunettes rondes et la calvitie précoce) qui m’a appris qu’on n’attrape pas un mug par sa poignée, mais qu’on tient la tasse au creux de sa paume en se débrouillant pour passer le bout de ses doigts dans la poignée en question. Si ce n’est pas assez clair et que vous n’avez aucune idée de ce que je veux dire, SECOUEZ-VOUS UN PEU ET FAITES APPEL À VOTRE CAPACITÉ D’ABSTRACTION.

Voilà, c'est lui, le Dr. Greene.

Tout ça pour dire que mon quotidien est jalonné de petites épiphanies où le monde des séries et le mien se rejoignent. Et aujourd’hui, c’est ce qui s’est produit.

Aujourd’hui, je suis allée avec Morgane (une personne fort sympathique qui est à Sciences Po et qui se trouve être en échange à City University aussi, comme c’est opportun) à la Welcome Fayre (le “y” n’est pas une faute, ils l’écrivaient vraiment comme ça) (je ne vais quand même pas me mettre à assumer l’illettrisme des autres non plus) rencontrer les “societies”. Les “societies”, c’est ce qui permet aux étudiants de participer à des activités extra-scolaires et, par extension, de se faire des amis. C’est aussi un facteur d’identification assez fort, vu que c’est au sein des “societies” que tu vas plutôt te positionner du côté des cheerleaders ou de celui du Club d’Échec (tous les deux représentés à City University).

C’est caricatural, oui. Comme dans une série télé. Mais ce n’est pas là que mon épiphanie s’est produite.

Morgane et moi, on a commencé par s’inscrire auprès de “City Medias”, pour écrire dans le journal de l’université, ou parler dans sa radio, ou se montrer dans sa télé (ou écrire sur son site Internet, aussi). Et ensuite, ensuite, on a trouvé la meilleure “society” du monde.

UN GLEE CLUB.

La preuve en image.


Un Glee Club, comme dans la série, d’ailleurs leur logo est aussi celui de l’émission. Et Glee, c’est un peu MA SÉRIE PRÉFÉRÉE DE TOUS LES TEMPS, celle qui m’a fait réaliser à quel point j’avais la pop culture ancré dans mon ADN (c’est-à-dire que mes lymphocites aiment bien se trémousser sur Crazy de Britney Spears).

Évidemment, je me suis inscrite tout de suite (et Morgane aussi si vous voulez tout savoir). Autrement dit, d’ici la fin de ma 3A, je veux savoir faire ça :


“Comfort food” et petites oasis du quotidien

Quand on part en 3A, on se raccroche à tout ce qui peut nous donner une sensation de familiarité. Enfin je dis ça, je suis pas partie au Mali non plus, j’ai juste traversé la Manche, mais même. Quand on n’est pas chez soi, on ne se voit pas sur un planisphère, et on ne ressent pas le fait qu’on ne soit qu’à 342 kilomètres de sa maison et de son petit lit. On n’est pas chez soi, un point c’est tout.

Alors depuis quelques jours, je suis dans un état émotionnel totalement normal et pas du tout inquiétant qui fait que je souris toute seule dès que quelque chose me rappelle le Monde Tel Que Je L’Ai Toujours Connu Et Qui Est Très Rassurant. Comme des madeleines de Proust, mais en pas pareil. Des Madeleines de maison.

Mes madeleines de maison sont globalement beaucoup moins poétiques que celles de ce bon Marcel. Il y a les papeteries Paperchase, par exemple. Eh oui. Les papeteries. Paperchase. C’est assez peu logique, d’ailleurs, parce qu’on n’a pas Paperchase à Paris. Mais justement. Paperchase, c’est le magasin que je dévalisais pendant mes voyages linguistiques, quand j’avais quinze ans, que j’étais jeune et folle et que j’aimais frimer avec mes carnets et mes coques d’Ipod trop cools achetés à Covent Garden. Alors quand, hier, j’ai découvert qu’il y avait un Paperchase à dix minutes chez moi, sans déconner, j’ai failli pleurer. À la place, j’y suis rentrée, et quand j’ai entendu à l’intérieur du magasin les premiers accords de ma CHANSON PRÉFÉRÉE DE TAYLOR SWIFT (en fait la seule chanson de Taylor Swift que j’écoute), j’étais bien partie pour me rouler par terre, faire du air guitar et chanter ma joie en alexandrins, tout ça en même temps. Paperchase + Taylor Swift = DOUBLE COMBO.

Ce matin, j’ai pensé pendant quelques minutes que j’étais sur la voie de la guérison et que le syndrome des Madeleines de maison ne m’affecterait bientôt plus. Parce que ce matin, je suis sortie et j’ai moins vu Londres. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. J’ai vu des bus à deux étages, des gamins en uniformes d’école, des pubs, des trucs typiquement british, quoi, et ça m’a moins sauté aux yeux. Alors, je me suis dit que peut-être, j’étais en train de m’habituer et que la vue d’un Paperchase ne m’émouvrait bientôt plus autant que la vision d’un steak au poivre d’un tableau de Monet.

Mais en fait, pas du tout. Dans l’après-midi, j’ai expérimenté une nouvelle manifestation du syndrome des Madeleines de maison. Et elle impliquait cette fois-ci de la nourriture.

Voyez-vous, avant mon départ, @pierre_alonso (le “@” indiquant que c’est aussi son nom sur Twitter, et vous devriez le suivre, c’est une personne sympathique dotée de goûts culinaires de qualité) m’avait recommandé les hamburgers du monsieur dans la guérite là-bas sur Chapel Market, reconnaissable à son cri de guerre : “WHO WANTS A BURGER?” et à son confit d’oignon.

J’ai trouvé Chapel Market. J’ai trouvé la guérite. J’ai commandé un hamburger. Le monsieur n’a pas dit “WHO WANTS A BURGER?” mais il m’a appelée Young Lady. Il a demandé si je voulais du fromage et j’ai dit oui. Il a demandé quel assaisonnement je voulais et j’ai dit du confit d’oignon. Il a demandé si je voulais du pain blanc ou complet et j’ai dit complet. Il m’a demandé si je le voulais “to eat now or to go” et j’ai répondu “to go” parce que, maligne que je suis, j’avais pigé en observant le client précédent que comme ça mon hamburger serait emballé dans deux sac en papier. Et comme les hamburgers répandaient des gouttes de gras en quantités généreuses, ça me semblait nécessaire, parce que j’ai une propension à me tâcher assez développée, voyez-vous.

Voilà la bête. Mais aucune photo ne saurait refléter toute sa magnificence.

J’ai mordu dans mon hamburger et là, tout d’un coup, j’ai compris toute l’ampleur de l’expression “comfort food”. C’est bien simple, à chaque bouchée, le monde était un peu plus beau et sentait bon le sable chaud. Je ne sais pas si c’était le meilleur hamburger que j’ai mangé de ma vie, mais c’est certainement celui que j’ai le plus apprécié. J’en ai grogné de satisfaction. Toute seule. Dans la rue. À plusieurs reprises.

Alors j’ai compris l’origine de cette légende urbaine qui dit qu’on prend forcément dix kilos en 3A. Avant de partir je m’étais dit que les dix kilos ne passeraient pas par moi, non madame, et regardez comme je me renseigne à l’avance sur les cours de zumba et comme j’achète bien des haricots verts chez Marks & Spencer et comme il n’y a pas une trace de chocolat dans ma chambre. Tu parles. On mange en 3A parce que ça fait du bien, tout simplement, de manger. Il n’y a qu’à voir comme les candidats de Koh-Lanta deviennent passifs-agressifs (ou parfois agressifs tout court, comme Moundir avant sa reconversion en aventurier de l’amour).

Sur ces philosophiques paroles, je vais m’acheter un paquet de cookies et je reviens.


Robinson Crusoé

Cher futur 3A actuellement en deuxième année,

Le matin de ton départ, tu te réveilleras très tôt. Ta mère saisira chaque occasion d’ajouter des boîtes de médicament dans ton sac (car l’amour d’une mère a tendance à lui faire oublier que les Anglais aussi ont inventé le paracétamol) jusqu’à ce que le seuil de la porte soit franchi.

Tu veux savoir si tu vas pleurer ? Mais bien évidemment, enfin – tu pleures devant Glee, comment peux-tu seulement imaginer partir en 3A sans verser quelques larmes ?

Bon par contre, tu vois ce réflexe que tu as quand tu dois réceptionner un truc lourd et que tu utilises ton genou pour amortir le choc ? Eh bien ce réflexe, fais-moi plaisir et inhibe-le avant de prendre l’Eurostar, et surtout au moment de récupérer une de tes trois valises sur le tapis de contrôle des bagages. Sinon, ton genou s’en souviendra encore le soir, et celui d’après aussi.

Dans le train, tu liras Jalouse et la moitié d’un Elle, tu dormiras, tu mangeras (un croissant, un mini-pain au chocolat et un petit pain tartiné de beurre et de confiture, parce que s’expatrier, ÇA CREUSE), tu boiras (du jus d’orange et deux tasses de café en l’occurrence), tu dormiras encore (malgré les deux tasses de café), tu iras faire pipi (toujours les deux tasses de café), tu iras chercher Libé, tu apprendras que Martine Aubry est pour la dépénalisation du cannabis.

Tant qu’on y est, sache que tu quitteras la capitale un week-end où plein de trucs vont s’y passer, en vrac : la Techno Parade, la Fête de l’Humanité, les journées du patrimoine, et la première interview de DSK depuis Vous-Savez-Quoi sur TF1.

Tu te demanderas ce qu’il est bien allé foutre sur TF1, parce qu’après tout ça reste la chaîne qui diffuse Secret Story et tant qu’on y est il aurait pu aller rendre visite aux candidats dans la Maison des Secrets et essayer de rabibocher Marie et Geoffrey mais bref-ce-n’est-pas-le-propos.

Tu arriveras dans ta résidence, tu comprendras vite que tu n’auras pas Internet avant lundi, tu feras une syncope, tu te remettras de ta syncope, tu mangeras des spaghettis aux boulettes et du frozen yoghurt à la fraise, tu iras dans un magasin de téléphones portables, tu demanderas au vendeur de te réexpliquer cinq fois comment ça fonctionne, de cinq façons différentes, à la cinquième tu comprendras. Tu auras un téléphone portable et un numéro de téléphone britannique. Youhou.

À l’hôtel de tes parents (qui seront gentiment venus t’aider à ne pas mourir dans tes tentatives d’installation des deux premiers jours) tu piqueras le kit d’aromathérapie censé aider à dormir, des fois qu’après une nuit de cinq petites heures et une journée à transporter ton poids en bagages tu ne sois pas encore bien claqué(e).

Tu iras dans un Marks & Spencer. Tu achèteras un  kit pour nettoyer ton ordinateur, un sac  isotherme réutilisable marqué « Keep cool and carry » (soyons clairs, tu l’achèteras juste pour la beauté du jeu de mots), en revanche, tu ne trouveras pas de coton-tiges et tu oublieras que tu as oublié ton sèche-cheveux et donc tu seras bien loin de penser à t’en racheter un autre.

De toute façon, le soir, tu déferas tes valises, et tu constateras avec dépit que tu es à peu près aussi équipé que Robinson Crusoé juste après son naufrage – à ceci près que toi, tu as pensé à apporter ton mug Kate & William.

Tu déferas tes valises, tu te diras « Tiens, mes affaires prennent pas tant de place que ça, finalement », tu te retourneras pour voir la pile monstrueuse de vêtements qui attendent d’être suspendus dans l’armoire, tu songeras à retourner voir les membres de Hare Krishna qui faisaient du carillon tout à l’heure dans la rue pour leur demander d’extraire de ton âme ce matérialisme ignoble qui te bouffe jusqu’à la rate.

Tu t’apercevras que tu as oublié à Paris ce jean que tu viens tout juste d’acheter chez Gap, et qui te fais les cuisses de Gisele (Büdchen), comme le vendeur l’avait promis (il l’a dit avant de te voir, il est pas complètement fou non plus). Tu auras envie de jurer, mais sache que c’est impoli.

Tu accrocheras des photos, des cartes postales et des posters au mur. Tu feras une Me Gusta Face tellement tu seras content-content.

Et enfin, cher futur 3A, je pense pouvoir affirmer sans prendre trop de risques que tu iras te coucher dans ton petit lit et que tu DORMIRAS, spray d’aromathérapie ou pas.


Revue de presse #7

Cette semaine, j’ai repéré :

– ça devient une habitude, LA COUVERTURE DU TIME qui, pour son édition commémorative du 11 septembre, perd son habituelle couleur rouge (vous pouvez me remercier pour cette analyse pictographique pointue s’il en est) :

– dans l’édition de The Economist datée du 10 au 16 septembre, un article sur l’industrie du livre (et moi j’aime bien les livres) et le numérique (et moi j’aime bien le numérique aussi) : The transformation of the book industry : Disappearing Ink

– une lecture absolument capitale à moins d’une semaine de mon départ pour Londres (il faut bien savoir ce que je vais me mettre sur le lard une fois arrivée en Perfide Albion)

– une vieille édition de Books trouvée à la Fnac, qui reprend le titre français du bouquin de Jonathan Safran Foer que je viens fort à propos de terminer, Eating animals.

– AH OUI ET AUSSI, au cours des dix derniers jours, deux des articles que j’ai écrits pendant mon stage ont été publiés, si vous voulez aller les lire et en dire du bien à vos proches c’est par ici : “Les mannequins et la musique : passer des podiums à la scène, une bonne idée?” et “Guest stars : les reines (et rois) de la pop s’incrustent dans les séries télé” (avec du Britney Spears, du Cher, du Sabrina l’apprentie sorcière et du Will and Grace dedans).


Revue de presse #6

Une fois n’est pas coutume (le saviez-vous? Il n’y a pas d’accent circonflexe sur le premier “u” de “coutume. Ça n’a l’air de rien, mais je m’en rends compte tous les trois jours avec la même surprise à chaque fois), je serai brève et efficace.

Cette semaine, j’ai repéré :

– Dans le Time daté du 12 septembre 2011, un article proprement passionnant intitulé “What to eat now : uncovering the myths about food” par le Dr. Mehmet Oz. Quand j’ai lu la phrase : “More often than you’d think, the problem is that a lot of folks just don’t know what a healthy diet looks like – and why should they, since the rules keep changing?“, j’ai su que cet homme me comprenait.

Courez-lire ceci. (Le saviez-vous? Il n'y a qu'un "r" à "courir", mais ça je le savais.)

Et puis ça complète joliment mon livre de chevet du moment :

Même que c'est un très bon livre.

– Sinon, youpi, elle est (re)venue, l’époque du “Technology Quarterly” de The Economist (dans l’édition datée du 3 au 9 septembre) ! Morceau choisi : “What would Jesus hack?“. Une question fort pertinente, tellement que je vais conclure cette revue de presse dessus, tiens.