Monthly Archives: June 2012

Martine rentre de 3A

L’infini puits de sagesse qu’est John Green a écrit, dans son troisième livre, Paper Towns : “It is so hard to leave – until you leave. And then it’s the easiest goddamned thing in the world.”*

À environ 24 heures de mon départ de Londres, le jury n’a pas encore décidé si John Green avait complètement raison quant à sa deuxième phrase – je vérifierai ça demain. En revanche, je crois bien qu’il y a du vrai dans la première phrase : “It is hard to leave – until you leave”.

Ce qui est difficile, dans un départ, ce sont les dernières semaines, où on passe ses journées entières à partir, justement, et où l’on n’en finit plus de dire au revoir. Ce sont tous les pèlerinages du quotidien passés à se remémorer tous les bons moments qu’on a vécu, et à se dire qu’on ne sera plus là dans quelques semaines. Ce sont les affiches du métro qui annoncent des expositions qui commenceront une fois qu’on sera parti. C’est la voix off de la télé qui signale un prochain épisode de Gordon Behind Bars, la nouvelle émission de Gordon Ramsay, qu’on ne pourra pas voir.

Mais une fois que le jour J arrive, et que l’on n’a plus d’autre choix que d’emballer ses affaires et de s’en aller pour de bon, tout devient plus facile. Parce qu’au lieu d’être quelqu’un qui fait, on devient quelqu’un qui a fait. Et c’est bien aussi. En fait, il m’est arrivé de faire des choses plus pour le plaisir de les avoir faites que pour le plaisir ressenti au moment où elles se sont déroulées – faire le Space Mountain cinq fois de suite à Disneyland, par exemple. Dans le cas de mon année à Londres, je commence à me rendre compte que la satisfaction d’y avoir vécu pourrait peut-être – peut-être – se mesurer au pied que ça a été, d’y être pendant un an.

Il n’y a qu’à voir le carnet réservé à mes to-do lists pour comprendre que peu de choses dans la vie me procurent une satisfaction comparable à celle que j’éprouve en rayant d’un petit trait bien net un élément d’une liste de choses à faire. Or, en quittant Londres, je peux rayer un truc énorme, que beaucoup de personnes font figurer dans leur bucket list sans jamais passer à l’action. Vivre à l’étranger, c’était génial. Vivre avec la satisfaction de savoir qu’on l’a fait, ça doit être pas mal aussi.

Sur ce, je vais retourner à mes activités du jour, c’est-à-dire attendre mes parents, coincés sur les routes anglaises à bord d’une voiture pleine du mauvais type d’essence, trier mes affaires, et pleurer épisodiquement en écoutant Joan Baez.


* Ce que l’on pourrait traduire approximativement – je carbure uniquement au sucre, à la caféine et aux émotions contradictoires, je serais bien incapable de traduire autrement qu’approximativement – par : “C’est tellement difficile de partir – jusqu’à ce qu’on parte. Et alors c’est la plus facile foutue chose du monde.”


Les vertus insoupçonnées du Code Civil

Environ 95% du temps, quand on demande à un auteur des conseils d’écriture, la première réponse sera de lire beaucoup, beaucoup, beaucoup – mais aussi de lire de tout.

Et pour cause, c’est un excellent conseil, ça ne fait aucun doute. Ma pile de bouquins à lire (qui culmine environ à 3 mètres 30 de hauteur), ainsi que ma Wishlist Amazon (qui, imprimée, serait aussi épaisse que Guerre et Paix) sont là pour prouver que je prends ce conseil très au sérieux et que je suis absolument convaincue de sa légitimité (aussi, je suis sur le point de me faire interdire l’accès à l’entrée des librairies comme certains sont interdits d’entrée dans les casinos).

Mais parfois – quand j’ai du lire Aristote en anglais pour un cours, par exemple – je me suis sentie prise de doute quant aux vertus du texte que j’étais en train de m’échiner à lire et il est possible que j’aie fini par reposer le tout pour aller me faire une tasse de thé avant que mon cerveau ne commence vraiment à me couler par les narines.

En gros, le “lisez beaucoup – mais surtout lisez de TOUT”, j’étais bien d’accord, tant que le “TOUT” n’englobait que les textes que je trouvais personnellement intéressants.

Sauf que l’autre jour, j’ai reçu une petite leçon à la page 75 de l’Introduction au Droit d’Astrid Marais (on a les lectures de vacances qu’on peut), quand elle évoque l’une des inspirations de Stendhal pour La Chartreuse de Parme : “En composant La Chartreuse, pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du Code civil, afin d’être toujours naturel ; je ne veux pas, par des moyens factices, fasciner l’âme du lecteur.”

Le CODE CIVIL. Voilà le bouquin qui a inspiré le style d’un des plus grands romans français du XIXème siècle.

J’étais sciée. Je suis toujours sciée.

Je trouve ça fantastique.

Sur ce, je m’en vais lire le Dictionnaire Vidal de A à Z. On ne sait jamais. Ça peut aider.


10 choses que j’ai apprises lors de mes dernières semaines à Londres

(N’allez pas croire que je suis déjà rentrée. Je suis toujours de l’autre côté de la Manche et il me reste très exactement dix jours entiers pour en profiter, alors pensez-vous, le départ n’est qu’une éventualité abstraite dans mon cœur pour l’instant) (en vrai non, il est une éventualité un peu trop concrète à mon goût). Toujours est-il que les experts sont formels et qu’une étude a démontré que j’étais en train de vivre les dernières semaines de mon année d’échange, qui se sont révélées très instructives.

1° Les Jubilés, c’est super cool.

Je ne pensais pas avoir l’occasion d’en célébrer un dans ma vie et mon âme française élevée au républicanisme pur jus a bien senti que quelque chose d’inédit était en train de se passer quand j’ai acclamé un monarque pour la première fois (j’avais l’impression d’être en 1712, grosso modo), mais j’ai vu la Reine, le Prince William et les (si beaux) cheveux de Kate Middleton alors pensez-vous, mon âme républicaine et moi avons vite fait abstraction de ces considérations politiques. Il se trouve que j’ai attrapé une laryngite carabinée en attendant le passage de la flotilla le jour de la parade navale sur la Tamise mais JE NE REGRETTE RIEN.

Par ailleurs, chanter Let it be en chœur avec Paul McCartney et quelques milliers de Britanniques une nuit dans Hyde Park (devant l’écran géant qui retransmettait le concert du Jubilée à Buckingham Palace), ça n’a pas de prix. Entendre le Prince Charles appeler la Reine “Mummy” non plus.

 2°La visite des Studios Warner de Harry Potter vaut vraiment le coup.

Morgane et moi avons frôlé la rupture d’anévrisme tellement tout ce qui se passait autour de nous dépassait l’entendement et les limites du fantastique. On a pris des photos dans le Grand Hall, bu de la Bièreaubeurre, déambulé sur le Chemin de Traverse (où l’on s’est recueillies devant la boutique des Frères Weasley), et scruté chaque détail du bureau de Dumbledore. C’était grandiose.

3° En revanche, il est très déconseillé de suivre les indications du contrôleur de train au retour de la visite desdits studios…

… Car un trajet direct de 20 minutes se transformera immanquablement en périple de 2 heures et demi en banlieue de Londres où il est impossible de recharger sa carte de transport à la station et de payer par carte bancaire à l’épicerie du coin où, en toute logique, il est possible de recharger sa carte de transport. On a bien cru qu’on ne reviendrai JAMAIS.

4° Le Regent’s Canal est probablement l’endroit le plus underrated de tout Londres.

J’entends par là qu’on n’en entend pas assez parler proportionnellement aux trésors que ses abords recèlent. C’est un immense canal qui part de Little Italy pour arriver à Camden. Entre les deux, il y a des coins formidables avec des péniches de toutes les couleurs, des jolies maisons qui ressemblent à des châteaux, et des gens qui dont de l’aviron. En gros, si le Jardin d’Eden avait eu un canal, ç’aurait été le Regent’s Canal.

5° Le passage piéton où les Beatles ont pris la photo qui fait la couverture d’Abbey Road est un vrai passage piéton.

Genre, avec des voitures, des taxis et des bus et aussi des gens qui veulent vraiment traverser et pas juste faire les guignols le temps de prendre une photo. Au péril de nos vies, Morgane et moi avons réussi cette immanquable étape touristique.

6° Brighton, c’est super cool.

Mais il est fort déconseillé de faire le mariole au bord de la mer, sous peine d’y tomber tout habillé.

(N.B. : Contrairement à ce que la réputation qui me précède pourrait laisser croire, je ne suis pas concernée par cette anecdote, qui est arrivée à une personne dont je protégerai l’anonymat car j’ai peur de me prendre un procès je suis gentille.)

7. Le Richmond Park est très, très, très (mais alors vraiment très) grand.

Adorable, hein, mais très grand. À l’heure où nous mettons sous presse, mes pieds se remettent toujours des trois heures de marche non-stop que Morgane et moi avons effectuées (en petites ballerines à la semelle fine comme du papier à cigarette, bien entendu) cet après-midi. Mais on a vu des biches avec leurs bébés faons PAR DIZAINES, alors encore une fois, nous ne regrettons rien.

8. Tant qu’on y est, Richmond est probablement l’un des boroughs les plus mignons de tout Londres.

Et il contient un très bon restaurant italien où Morgane et moi avons pu remplir nos estomacs creusés par toute cette marche.

9. Quand ils parlent de la Tamise, les Anglais disent “Thames”, mais sans prononcer le “h”.

Donc ils ne disent pas “Thames” comme dans “the” mais “Tames” comme dans “Travolta”. C’est parce qu’un jour un Roi s’est trompé dans la prononciation (il était allemand et ne parlait pas un mot d’anglais) (j’ai oublié quel Roi c’était exactement, probablement un George dont j’ai oublié le numéro) et comme c’était le Roi, personne n’a osé le contredire et c’est resté depuis. C’est en tout cas la théorie émise par la dame du commentaire audio de l’Original Tour en bus.

10. Il existe bel et bien des gens qui collent leurs fesses (nues) aux vitres des bus, en plein jour et en pleine rue.

Je m’en suis rendu compte pendant ce même Original Tour en bus – l’individu se trouvait au deuxième étage d’un bus rouge normal, tandis que moi j’étais perchée à l’étage de mon bus de touriste ouvert sur le dessus. J’avais donc une vue imprenable. Je n’aurai pas d’autre commentaire.