Monthly Archives: February 2012

Joan qui chante et Bob qui s’en fout.

La première fois que j’ai entendu Percy’s Song de Bob Dylan, c’était Joan Baez qui la chantait (comme de juste) et c’était dans Dont look back, un film du réalisateur D.A. Pennebaker, qui a suivi Dylan avec sa caméra pendant sa tournée de 1965 au Royaume-Uni.

(C’est un film absolument fascinant, filmé au moment où les groupies à peine pubères commençaient à attendre Bob Dylan au pied de son hôtel en s’écriant des choses comme “He’s so handsome!”, lui qui deux ans auparavant était un chanteur folk avec encore ses joues de bébé. C’est aussi l’époque où sa passion encore nouvelle pour les guitares électriques s’exprimait – à un moment, on le voit s’extasier devant la vitrine d’un magasin de musique et s’exclamer : “Twenty grand? They don’t make that kind of guitars in America!” – ou quelque chose d’approchant, je n’ai visiblement pas encore réussi à retenir tout le film par cœur, même après l’avoir regardé en boucle pendant tout l’été 2009.)

Par la suite, j’ai retrouvé l’enregistrement de Percy’s Song, cette fois chantée par Dylan, quelque part sur Internet, mais il faut reconnaître que l’interprétation de Joan Baez a quelque chose de particulièrement poétique, musical – en un mot comme en cent, BLUFFANT.

En regardant les commentaires de la vidéo sur Youtube, je me suis rendu compte à quelle point les gens y voyaient des histoires différentes selon leur point de vue. La plupart se contentent de dire qu’elle est formidable. Quelqu’un a fait remarquer que quand on regarde cette vidéo, on se sent comme si on était dans le salon de Bob Dylan et Joan Baez, elle à la guitare et lui à la machine à écrire, chacun plongé dans ses activités quotidiennes. Un type s’est aussi fait engueuler après avoir dit que ce serait quand même mieux si Bob Dylan n’était pas en train de taper un texte en bruit de fond, parce que “non mais t’imagines, si ça se trouve là il est en train d’écrire un de ses chefs-d’œuvre comme Visions of JohannaLeopard-Skin Pill Box Hat, ou Just Like A Woman…”.

Ce n’est pas l’histoire que je vois quand je regarde cette vidéo. Quand je la regarde, cette vidéo, ce que je vois, c’est Joan qui chante et Bob qui s’en fout. C’est Bob qui avait d’abord demandé à son autre amoureuse (et accessoirement ex), Suze Rotolo, de l’accompagner sur cette tournée, et qui avait attendu qu’elle refuse pour se tourner vers Joan. C’est Joan qui essaie d’attirer son attention, ou de s’occuper les mains et l’esprit en chantant (encore) une de ses chansons. C’est Bob Dylan qui, à un an de l’accident de moto qui va changer drastiquement le rythme de sa vie, attire les groupies au pied de son hôtel mais ne s’arrête pas de taper pour laisser chanter celle qu’il est censé avoir choisie, au bout d’un moment.

C’est Bob Dylan qui, à quelques mois de son mariage (tenu secret quelques temps) avec Sarah Lownds, se retourne quand Joan entonne Love is just a four-letter word et demande (vous entendez comme moi?): “I wrote that song. Didn’t I?

Yes Bobby, you did.

Mais enfin bon, je peux me tromper.


Clemence’s Corner

Hello!

(oui, j’avais envie de commencer un de mes posts en disant bonjour, une fois n’est pas coutume).

J’ai ouvert un deuxième blog, en anglais, pour mon cours d'”introduction to journalism“. Il s’appelle Clemence’s Corner, il y a une photo de mes lunettes dans le header et sa tagline est pleine d’humour et de spiritualité. Je vous invite vivement à aller le voir parce qu’il y a un sondage et ça m’aiderait beaucoup que vous y répondiez parce que j’en profite notamment pour y publier des articles écrits pour mes cours et qui font ma fierté.

Au départ, je l’avais appelé Mercy’s Corner mais juste après ça mon prof a embrayé sur le fait que c’était nul d’utiliser un pseudonyme à moins d’avoir une raison valable. Ce que je n’ai pas. Dont acte.

Ta-daaaaa ! http://clemencescorner.wordpress.com/


Power outage

La semaine dernière, je rentrais paisiblement de Sainsbury’s, un sac de cinq kilos dans chaque bras (constat : quand on porte soi-même tout ce qu’on mange, on mange moins) (mais ça pèse quand même une tonne), quand la lumière s’est subitement éteinte. Dans la rue. Je précise que c’était la nuit, la théorie de l’éclipse solaire surprise était donc exclue. Heureusement, les feux de signalisation fonctionnaient encore, sinon c’était l’aller simple vers le chaos le plus total.

Sur le coup, j’ai cru que c’était juste parce que le magasin derrière moi entreprenait de fermer et avait donc éteint sa lumière, ce qui expliquerait une baisse de la luminosité dans sa proche vicinalité.

Mais en rentrant chez moi, j’ai vite compris que mon quartier était victime d’une panne d’électricité de grande envergure, et accessoirement j’ai eu un bon aperçu de ce à quoi ressemblait une ville avant l’arrivée de l’électricité au XIXème siècle : à quelque chose de très flippant où chaque silhouette devient un violeur en série tapi dans l’ombre. Un type est sorti de sa maison avec l’air complètement ahuri de celui qui se retrouve plongé dans un remake du Jour d’après sans préavis. Dans le pub à côté de chez moi, on avait illuminé le bar avec des bougies chauffe-plats.

En voyant que les enfants de salauds chanceux de l’autre côté de la rue avaient toujours de l’électricité (et, par extension, de la lumière), j’ai prié pour que mon hall universitaire ait été épargné (ou qu’il ait un groupe électrogène de secours).

Sauf qu’en arrivant à l’entrée de la résidence et en voyant des flopées de gens en sortir, j’ai compris qu’il n’en était rien et qu’on avait nous aussi été propulsés chez les Amish.

Les Amish vous font dire que l'électricité, c'est le mal.

C’est quand on n’en a plus qu’on se rend compte à quel point TOUT dans ce bas monde fonctionne à l’électricité. Déjà, on pouvait rentrer dans le hall comme dans un moulin, puisque le système de fermeture fonctionne À L’ÉLECTRICITÉ (ce qui était très rassurant vis-à-vis des multiples violeurs en série susmentionnés et tapis à chaque coin de rue). Derrière le guichet de la réception, une alarme bipait, et personne ne savait comment l’éteindre. Des lumières de secours s’étaient mises en route dans les couloirs, donnant à l’ensemble un éclairage très glauque mais très salutaire au vu des circonstances.

Dans ma grande naïveté, je m’étais dit : “Au diable les varices ! Qu’à cela ne tienne, je resterai dans ma chambre plongée dans l’obscurité et je vaquerai à mes occupations en regardant notamment des vidéos de bébés chats sur Internet en attendant que le courant soit rétabli”. Sauf que non, mes camarades agglutinés dans les couloirs de la résidence m’ont vite fait comprendre qu’on n’avait plus Internet. Ni d’eau chaude. Ni d’eau tout court, en fait.

Alors là j’ai réalisé qu’on était plongés, non seulement en plein chaos, mais surtout en plein KOH LANTA.

Comme de juste, je venais d’acheter moult denrées fraîches au Sainsbury’s, mais il était hors de question d’ouvrir le frigo pour les y ranger (puisque le frigo en question ne produisait plus de froid et qu’il fallait éviter de laisser s’échapper le peu de froid qu’il lui restait). J’ai donc lâché mes sacs de course, les abandonnant à leur triste sort dans ma chambre (de toute façon, il n’y avait plus de chauffage non plus) et je suis allée me regrouper avec mes semblables sous une des lampes de secours, comme la belle brochette de moustiques que nous étions. Dans les couloirs, c’était Titanic, l’eau glacée en moins (ce qui ne représente, on est bien d’accord, qu’une différence mineure).

Voyant que le courant n’était pas près de revenir, et que l’heure du dîner approchait (il était AU MOINS dix-neuf heures), j’ai convenu d’aller au MacDo avec une des filles de mon étage qui était en train de se préparer à manger au moment du drame, et avait donc l’estomac aussi vide que le mien. Je suis donc retournée dans ma chambre prendre mes clés et mon manteau à la lueur de mon Macbook (une technique de sioux développée dans l’euphorie du moment) et on est descendues en espérant très fort que le MacDo ne serait pas lui aussi touché par la panne (pas de lumière, ok, pas d’eau, ok, pas d’Internet, à la limite, ok, mais pas à manger, ÇA NON). Heureusement, le point de ravitaillement était sain et sauf, et c’est l’estomac plein de frites et de cheeseburger que nous sommes retournées à la résidence pleines d’illusion d’espoir (“Cet immeuble, là, il était éclairé quand on est passées à l’aller? Non, hein? ÇA DOIT VOULOIR DIRE QUE LE COURANT EST REVENU.”)

Le courant n’était pas revenu. Et en plus, la fille de l’accueil nous a informé que les lampes de secours allaient bientôt s’éteindre

À ce stade, j’avais développée la migraine de l’enfer (celle qui te donne envie de t’injecter du paracétamol en intraveineuse et de mordre dans une lanière en cuir telle un marin se faisant amputer d’une jambe avec pour seule anesthésique un verre de rhum). C’est donc dans un état de semi-conscience que j’ai accepté d’aller à la bibliothèque de l’université (qui, ELLE, était passée sur un groupe électrogène après une coupure de courant d’environ deux minutes) (deux minutes pendant lesquelles mon SEUL REFUGE n’en était plus un) pour charger téléphone portable et ordinateur (et remplir des bouteilles d’eau) (et prendre une douche) (et demander un colis de nourriture envoyé par une ONG).

Au bout d’une demi-heure, j’ai, dans un éclair d’exhibitionnisme social génie, mis à jour mon statut Facebook, pour dire quelque chose du genre : “Y a plus d’électricité, y a plus d’Internet, c’est la sère-mi venez me cherchez LOL”. C’est là qu’une autre fille de mon hall a commenté et m’a avertie : “Tout est revenu à la normal il y a une demi-heure, rentre!”.

Quand ils m’ont entendu transmettre le message aux filles qui étaient venus avec moi à la bibliothèque, le couple d’étudiants asiatiques de la table d’à côté a prêté l’oreille et m’a demandé : “Tu parles de Liberty Hall? Tu veux dire que l’électricité est revenue? ÇA VEUT DIRE QU’ON PEUT REPRENDRE UNE ACTIVITÉ NORMALE?!”. J’ai confirmé, et on a entamé une danse de la victoire tous ensemble, dans la bibliothèque, en parlant tout haut oui mais ON S’EN FOUT, L’ÉLECTRICITÉ EST REVENUE, TU COMPRENDS??

Ensuite, on est toutes retournées à la résidence, où on s’est extasiées sur les merveilles du confort moderne pendant vingt minutes.

Puis, je suis allée dans ma chambre. J’ai appuyé sur l’interrupteur. La lumière s’est allumée. Et j’ai soupiré d’aise.

(Et décidé. De. N’écrire. Qu’en. Style. Télégraphique.)


Jack

La première fois que j’ai vu Jack, c’était dans la rue et il est venu se frotter contre mes jambes.

Mais je n’ai pas appelé la police, car voyez-vous, Jack est un chat, et non pas un inconnu aux mœurs étranges.

La première fois que j’ai vu Jack, donc, il ne s’appelait pas encore Jack et c’était juste un chat que j’avais croisé dans la rue. Il faisait nuit (je rentrais de je ne sais plus quel événement lié à ma folle vie mondaine), et je lui ai parlé un peu, principalement sous forme de “Kitty kitty kitty kitty” (d’ailleurs, c’est un dilemme qui mérite qu’on s’arrête deux secondes pour y réfléchir : vous croisez un chat inconnu dans un pays étranger, vous lui parlez en français, ou dans la langue du pays? En voilà une expérience sociale PASSIONNANTE).

Il s’est approché de moi et, pas farouche, il s’est laissé caresser. Il m’a suivie sur quelques mètres, et moi pendant ce temps-là je me demandais ce que j’allais faire si je me retrouvais avec un chat perdu sur les bras à minuit passé, avec pour seul refuge une résidence universitaire qui n’accepte pas les animaux.

Bref, je suis rentrée chez moi et j’ai laissé Jack dehors. J’ai fait quelques recherches auprès d’experts en félins de ma connaissance, qui m’ont dit qu’un chat sociable comme ça n’était pas un chat perdu, encore moins sauvage, mais un chat du quartier que ses maîtres laissaient se promener tranquillement.

Soit. Dans ma tête, le problème était réglé. Je trouvais que les proprios en question étaient complètement fous de laisser leur chat se balader à toute heure dans la ville, où il y a des VOITURES et des RENARDS et tous les dangers que représentent autrui, mais bref, après tout c’est pas mon chat hein vous faites ce que vous voulez mais je vous aurai prévenus. J’avais même cru comprendre qu’il appartenait aux propriétaires d’un des magasins de la rue, où j’avais aperçu un oreiller par terre et des croquettes pour chat.

Ça, c’était jusqu’à hier. Parce qu’hier soir, d’un seul coup, il s’est mis à neiger sur Londres. Plein. Beaucoup. Genre à l’instant t j’étais en train de m’émerveiller devant les flocons qui se déposaient sur la fourrure de ma chapka (ça faisait depuis le 1er décembre que j’invoquais les Dieux de la Neige sans succès) en m’inquiétant de savoir si la neige allait “tenir” sur les trottoirs, et à l’instant t+1 j’étais déjà en train de prendre des photos comme une petite folle en écoutant le bruit délicieux de mes bottes qui s’enfonçaient dans dix centimètres de poudreuse. Accessoirement, comme on ne distinguait plus les bordures des trottoirs du reste de la route, une grande partie de mon cerveau était occupée à me maintenir en équilibre précaire sur mes deux pieds.

Et donc, pendant que je rentrais chez moi en essayant de ne pas me transformer en bonhomme de neige, j’ai vu Jack. Et une dame en manteau de fourrure et toque assortie qui lui parlait. Alors je me suis approchée et je lui ai demandé si c’était son chat (” VOILÀ LA CLÉ DE L’ÉNIGME”, se réjouissait intérieurement mon subconscient).

“C’est ce qu’il croit”, elle a répondu. Ah. C’est original ça dites donc. Mais donc du coup c’est votre chat ou pas? Parce que je crois qu’il appartient au magasin d’en face, là, ils ont un coussin et des croquettes.

En fait, ça fait dix-huit mois qu’elle s’occupe de Jack par intermittence, sans pour autant le recueillir chez elle. “He’s a street cat”, m’a-t-elle dit, et elle était contente de savoir que les gens du magasin d’en face s’en occupait aussi. Là, il venait de faire un bon repas et une sieste de trois heures chez elle avant de repartir. Quand elle avait vu la neige, elle était ressortie de son lit pour aller le chercher parce qu’elle pensait qu’à cause de ça il n’arriverait pas à grimper jusqu’à sa maison.

Excusez-moi, venez-vous de me dire que vous êtes le genre de personne qui sort de son lit pour aller porter secours à un chat dans la rue? Puis-je vous donner la méga accolade là maintenant tout de suite, s’il vous plait? D’autant plus que je vois que vous n’êtes pas non plus toute jeune, hein, sans vouloir vous vexer, mais enfin je veux dire VOUS AVEZ LA CLASSE quoi.

On a un peu bavardé (“Vous habitez dans le coin?”, tout ça), et je lui ai demandé si elle lui avait donné un nom. C’est là qu’elle m’a expliqué qu’elle l’appelait Jack, parce qu’il ressemble à une des cartes du Black Jack  (il faut savoir que Jack se trouve opportunément être un beau chat noir avec le bout des pattes trempé dans de la peinture blanche) (enfin c’est ce qu’on dirait).

(Attendez, je viens de vérifier, et le Black Jack se joue avec des cartes normales, qu’est-ce que c’est que ce bins qui vient ruiner toute ma jolie histoire, là?)

Pendant ce temps-là, Jack nous suivait un peu, mais il avait surtout envie de jouer dans la neige comme un petit polisson. Parfois on le rappelait, elle en sifflant et en lui demandant s’il voulait rester dehors ou s’il allait finir par venir chez elle, moi en disant quelque chose comme “Come on Jack, the Nice Lady got out of her bed for you, the least you can do is to follow her now”. Et OUI C’EST BON ÇA VA ON PARLAIT À UN CHAT OUI, ÇA NE VOUS EST JAMAIS ARRIVÉ À VOUS PEUT-ÊTRE?

(Je crois même qu’elle lui a dit qu’elle avait du chevreuil chez elle, your favourite – au cas où vous en douteriez, Jack n’a pas du tout la dégaine d’un chat errant, c’est même plutôt un gros matou au poil brillant.)

Jack avait beau jouer comme un chaton, The Nice Lady m’a dit qu’en fait il était un peu vieux, qu’elle l’avait emmené chez le vétérinaire (Jack est donc castré) et qu’il lui avait dit qu’il y avait beaucoup de choses à réparer chez lui, mais que ça coûtait terriblement cher. Je lui ai dit qu’il avait l’air vraiment peu farouche pour un chat errant, et qu’il était venu se frotter contre mes jambes et tout. Elle m’a dit qu’il essayait de me charmer pour que je lui offre un repas, he’s very street wise.

C’est vrai ça, ce chat a un street cred infiniment supérieur au mien.

Et je suis bien contente de savoir que quelqu’un d’autre se préoccupe de lui comme ça.

P.S. : À un moment donné, j’ai dit à la dame que j’étais française. Elle a écarquillé les yeux, et elle a dit : “I’m sorry, I thought you were American!” et elle avait vraiment l’air très, très désolé. Ensuite elle m’a dit qu’il fallait absolument que je change ça, que c’était very un-chic de sonner américain, et qu’il valait vraiment mieux sonner anglais ou français. Alors je lui ai promis d’essayer de changer. Sauf que maintenant je crois que j’ai pris l’habitude de l’accent américain et que je ne pourrais pas prendre un accent british même si ma vie en dépendait. PARDON.

Parlant de chat errant, vous souveniez-vous seulement qu’il y avait un dessin animé entier basé sur eux dans les années 90? Ah, vraiment, quelle décennie :


I carried a watermelon

Bonjour,

Juste au cas où certains se demanderaient encore d’où provient le nom de ce blog.

(L’image provient de cet article fort drôle, allez vite le lire si vous aussi vous comprenez que Baby se sente toute bête après avoir dit “I carried a watermelon”.)