Rendez-vous à Brick Lane

(Le titre de cet article est sponsorisé par le film “Rendez-vous à Brick Lane”, que je n’ai jamais vu mais dont l’affiche me semble particulièrement prometteuse) (soupçon de style Bollywood + rose = prometteur) :

Samedi dernier, donc, je suis allée me promener à Brick Lane avec mes deux acolytes, Morgane et Suzanne (qui, comme son nom ne l’indique pas forcément, est hollandaise). Brick Lane, c’est un mélange de quartier indien et de quartier hipster – ce qui fait qu’il y a des marchands de curry à tous les coins de rue et des gens habillés comme dans un blog de street style un peu partout.

En guise de bienvenue, un type à grosses lunettes et nœud papillon, assis sur un banc à côté d’une nana et occupé à déguster un plat à emporter (sans doute du curry) dans une barquette d’aluminium, s’est soudainement mis à nous crier dessus alors qu’on photographiait un mur situé dans sa proche vicinalité (il faut savoir que les murs de Brick Lane sont souvent tagués/street artés/ par extension, très intéressants). S’en est ensuivi l’échange suivant :

(Le mec au nœud papillon, glapissant comme si on essayait de lui arracher des mains son premier-né) : “STOP!”

(Moi-même, comprenant le malentendu et ne parvenant pas à estimer l’étendue de l’absurdité de la situation) : “I think this guy is yelling at us because he thinks we are taking pictures of him.” (“Je crois que ce mec nous crie dessus parce qu’il croit qu’on est en train de le prendre en photo.”)

(Moi-même, au mec, rouge comme l’hypothétique nouveau-né qu’il pense visiblement qu’on veut lui arracher des mains) : “We’re not taking pictures of you!” (“On n’est pas en train de prendre des photos de toi!”)

(Le mec, atteignant le point de non-retour)  : “STOP POINTING YOUR CAMERA!!” (“Arrêtez de… pointer votre caméra!!”? Un peu approximatif, comme traduction, mais vous saisissez l’idée).

(Morgane, décidant de prendre la situation en main) : “We’re not taking pictures of you, we’re taking pictures of the wall. It’s more interesting than you, eating.” (“On prend pas des photos de toi, on prend des photos du mur. C’est plus intéressant que toi en train de manger.”)

(La nana assise à côté du type) : “…” (Ah ben non, elle parle pas, mais elle se cache avec sa main telle Nolwenn Leroy devant un paparazzo.)

(Moi, cherchant une réplique qui fait mouche mais ne trouvant qu’une réplique en forme de pétard mouillé à la place) : “Get over yourself!” (“Arrête de te croire sorti de la cuisse de Jupiter”, en gros).

On a tourné les talons, et laissez-moi vous dire que j’étais pas contente-contente.

On est allés se changer les idées chez Rough Trade, le magasin de musique indépendant où tous les hipsters achètent leurs vinyles, et où tous les touristes jouent avec leur photocabine – ce qu’on a fait. Voilà le résultat :

Il existe aussi une version de cette photo où on ne voit quasiment que ma grosse tête parce qu'on ne maîtrisait pas encore l'art du placement dans la photocabine, mais je ne la mettrai pas car j'ai très honte.

On a continué à se balader, et en chemin, cinq ou six types (dont un affublé d’un boa en plumes rouges) nous ont demandé si on pouvait monter avec eux sur un vélo, tous en même temps. Apparemment, c’était pour une sorte de pari – ils avaient une liste de gages à faire faire à des passants, et je crois qu’on a vu l’équipe contre qui ils jouaient – ça ressemblait fort à un enterrement de vie de garçon, d’après notre diagnostic. Alors on s’est retrouvés à dix sur un Barclay’s bike (l’équivalent londonien du Vélib’), puis ils nous ont demandé de monter sur leur dos (c’était pour un gage aussi, je vous rassure, c’était pas une sorte de fétichisme étrange), ce qu’on a fait gaiement. Après ce moment de pure normalité, on est allées dans un café suédois qui s’appelait Fika (ce qui semble logique, puisqu’un fika c’est une sorte de café suédois, en fait). J’ai mangé une gaufre avec une boule de glace à la vanille dessus, c’était très bon, mais ç’aurait été encore meilleur s’ils n’avaient pas oublié de nous apporter notre commande jusqu’à ce que Morgane aille leur demander où ça en était – réponse : “Ah ben on a complètement oublié de vous apporter votre commande.”).

Ce n'était pas seulement bon, c'était aussi joli.

Et le soir, je suis allée avec Suzanne et Bridgette (qui est australienne) au concert de Katy Perry dans la GIGANTESQUE salle de l’O2 Arena. Et quand je dis “gigantesque”, je veux dire “gigantesque” – enfin, c’est l’endroit dans son ensemble qui est gigantesque, la salle, elle, doit faire à peu près la taille de Bercy à Paris (ce qui n’est pas petit mais rentre déjà dans l’ordre de dimensions connues). Voyez-vous, je suis parisienne depuis vingt ans, je n’ai donc pas l’habitude de me sentir comme une petite fourmi perdue au milieu d’un grand édifice prêt à l’engloutir, mais là, j’ai été impressionnée. En grand, l’O2 Arena, c’est une sorte de centre commercial surdimensionné, mais avec uniquement des restaurants, et une salle de concert au milieu. Juste avant l’entrée, il y avait un WH Smith qui faisait aussi supérette (normal), j’ai acheté de l’Advil avec un enthousiasme démesuré pour mettre fin à la migraine qui avait transformé ma tête en enclume toute la journée (déjà que Katy Perry n’est pas réputée pour sa sobriété, je me voyais mal l’affronter avec une migraine).

Une petite sculpture pour décorer le hall d'entrée de l'O2.

Le temps d’attraper un panini au Starbucks, de se tromper une fois d’entrée, et de se voir retirer les bouchons de nos bouteilles d’eau (à quoi sert une bouteille sans bouchon? À rien, voilà à quoi ça sert), et hop, on avait déjà rejoint la fosse du colossal O2. Et figurez-vous que LA SALLE SENTAIT LA BARBE À PAPA. J’entends par là que c’était fait exprès, pour coller au thème “bonbons et sucreries” de la tournée (ou plutôt devrais-je dire, du California Dreams Tour). Après deux petites heures d’attente et de premières parties (oui, il y avait bien deux premières parties), KATY PERRY est arrivée, toute de paillettes vêtue.

C’est à ce moment du récit qu’il faut que je vous explique que j’ai toujours eu une affection particulière pour Katy Perry. J’en ai entendu parler pour la première fois il y a fort longtemps (et maintenant que j’y pense, je crois que c’était à Londres), dans – accrochez-vous bien – Dazed and Confused, LE magazine branché/arty préféré des hipsters (qui aujourd’hui sont pris de syncopes à la seule évocation de son nom). À l’époque, elle était encore relativement peu connue, et faisait même office de plaisir coupable chez certains amateurs de gros son. Ça me laisse toujours songeuse, de savoir qu’elle n’est pas passée loin d’une carrière d’icône girly-trash underground. Accessoirement, une femme sachant associer un soutien-gorge cupcakes à une perruque bleue avec autant d’élégance mérite une admiration sans borne.

Sans compter qu’au moment où les affectations de troisième année ont été annoncées, et où il est donc devenu officiel que j’allais passer l’année à Londres, j’étais chez Sephora en train de chercher du vernis à paillettes Katy Perry (issu de sa collection en partenariat avec O.P.I.), il était donc inscrit dans les étoiles qu’il FALLAIT que j’aille à ce concert.

Eh bien, c’était super. J’ai une nouvelle incroyable à vous annoncer : Katy Perry sait vraiment chanter. Moi non plus, je n’y croyais pas, mais elle a vraiment une belle voix, et elle sait faire des trucs avec et tout et tout. À chaque changement de costume, on nous passait des petits bouts d’un film qui constituait la trame narrative (c’est le membre de l’Académie Française en moi qui parle) du concert (le pitch : Katy est une jeune fille belle mais pauvre, qui travaille chez un méchant boucher tout en rêvant de cupcakes, qui vit avec son chat et tombe amoureuse d’un jeune boulanger et qui, une nuit, se retrouve propulsée dans un monde enchanté plein de sucreries. À la fin (spoiler alert!) elle est à deux doigts de tomber dans les bras du jeune boulanger, quand tout à coup, elle se réveille, et découvre que tout ceci (ce qui a constitué le concert, donc) n’était qu’un rêve (mais je vous rassure, le jeune boulanger est toujours là quand elle se réveille)). À un moment donné du récit, elle mange un space brownie, et je ne suis pas sûre que les gamines présentes dans la salle (dont plusieurs déguisées en Katy Perry, perruque bleue à l’appui) aient bien compris cette étape –  et en même temps, tant mieux. Et, mis à part le fait que j’aie enfin vu des pistolets à tee-shirts en vrai (qu’ils utilisent pour propulser des tee-shirts gratuits dans le public), elle a fait monter des spectateurs sur scène, elle a chanté depuis une espèce de nacelle volante pour aller inspecter le fond de la salle de plus près, elle a dansé avec un chat en peluche géant, elle a arrosé le public de mousse, des confettis et des ballons de plage sont tombés du ciel pour qu’on joue avec.

Et maintenant, après le choc des mots, le poids des images :

Voilà, c'est ça, la nacelle qui lui sert à voler par-dessus le public.

C'est la fête \o/


One response to “Rendez-vous à Brick Lane

  • Quentin

    Soit dit en passant, l’affiche est autant prometteuse que trompeuse, puisque le film ressemble plutôt à Côté obscur de Bollywood + film noir = vision désabusée de la société britannique à travers les yeux d’une bengali déracinée en plein post-9/11. Mais c’est un très bon film !

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