Cet article vous sera livré en trois parties et aucune sous-partie

…Parce que je n’ai jamais adhéré au concept de sous-partie (dire ça quand on est à Sciences Po équivaut à peu près à avouer qu’on n’aime pas les chiots, pour vous donner une idée de l’ampleur de ce coming-out).

1. J’ai passé mes examens, en anglais, et sur un clavier QWERTY

Comme vous le savez probablement, en Perfide Albion, les touches du clavier sont organisées dans un ordre différent du clavier français (contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas juste pour emmerder le monde, mais c’est pour que la position des touches reste intuitive par rapport aux lettres les plus utilisées dans chacune des langues) (ce qui ne m’a pas empêchée de chercher la touche “%” pendant cinq bonnes minutes, l’air bien dépité).

Ce fut l’occasion de découvrir l’organisation assez exotique de City University en matière d’examens : avant d’entrer dans la salle, on doit montrer ses mains aux examinateurs, des deux côtés, pour qu’il vérifie qu’on n’y a pas copié l’intégrale des travaux de Galtung et Ruge (à peu près les deux seuls sociologues dont on entend tout le temps parler quand on étudie le journalisme). Autant vous dire que la première fois je me suis bien demandé ce qu’il me voulait (un high-five, peut-être?), et quand j’ai compris, j’ai eu l’impression d’être un des Sept Nains quand Blanche-Neige vérifie qu’ils se sont bien lavé les mains.

Sinon, à City University, on n’envoie pas de convocation aux étudiants pour les examens mais on prend la peine de préciser avant le début de l’épreuve qu’en cas d’incendie il faudra évacuer la salle.

2. Je suis allée voir Avengers

(dans le cinéma de mon quartier, dont je tombe un peu plus amoureuse chaque jour) (non pas que ce soit un cinéma de quartier particulièrement charmant, en fait c’est une grosse machine industrielle qui fait partie des deux plus grandes chaînes de cinémas du pays, c’est juste qu’il a cela d’étonnant que quand on regarde le bâtiment de l’extérieur, on ne comprend pas comment il peut contenir autant de kilomètres de couloirs et de salles).

Dans la catégorie “effets collatéraux” d’Avengers, je suis bien entendu tombée amoureuse d’Iron Man (pardon mais ROBERT DOWNEY JUNIOR) (oui je trouve ça rigolo que les filles de 20 ans d’aujourd’hui l’aient érigé au rang de sex symbol alors que c’est plutôt l’idole d’une autre génération, non?) (je veux dire, regardez un peu la tronche qu’il avait sur l’affiche de Johnny Be Good en 1987).

Mais celui qui m’a le plus touchée, finalement, c’est Hulk. Parce qu’il y a un truc en Hulk qui fait que j’ai envie de lui faire des câlins (alors qu’il m’enverrait probablement valser). Je crois que c’est parce que je me suis mise en tête que le plus angoissant dans le cas de Hulk, ce n’est pas tant son incapacité à maîtriser sa colère, c’est l’angoisse générée par le fait qu’il ne sait pas envers quoi sa colère est dirigée. Du coup tout ce qu’il peut faire c’est continuer à crier et à frapper des trucs avec son poing, mais il ne trouve jamais la réponse à cette foutue question, et je ne sais pas pourquoi mais ça me paraît terriblement angoissant comme situation. Ça vient peut-être du fait que j’étais une grande claqueuse de portes quand je n’étais qu’une jeune pimbêche de treize ans et demi – parce que clairement, claquer des portes et défoncer des buildings à coups de poings, même combat. Cela étant dit, je reste persuadée qu’il existe des similitudes entre Hulk qui ne sait pas pourquoi il est énervé et encore moins comment se calmer et un adolescent aux hormones bouillonnantes qui ne comprend pourquoi d’un seul coup il déteste tout le monde alors que la minute d’avant il apprenait gentiment l’alphabet dans ses J’aime Lire. Dans les deux cas, ils ne peuvent rien faire d’autre qu’attendre que ça passe.

Quoiqu’il en soit, Tom Hiddleston, l’acteur qui joue Loki (alias l’homme au casque de chèvre), a résumé quasiment tous mes sentiments vis-à-vis de Hulk en trois phrases, dans un article (très bon, au demeurant) pour un des blogs du Guardian :

“The Hulk is the perfect metaphor for our fear of anger; its destructive consequences, its consuming fire. There’s not a soul on this earth who hasn’t wanted to “Hulk smash” something in their lives. And when the heat of rage cools, all that we are left with is shame and regret.”

3. Je crois qu’il faudrait plus d’une vie pour explorer tous les endroits cools de Londres

L’autre jour, j’ai déjeuné avec Morgane au Breakfast Club, un restaurant très cool et très branché de mon quartier qui sert des montagnes de pancakes sous des montagnes de crème à la vanille – et qui tient son nom d’un teen-movie des années 80.

On a déjeuné sous l’oeil bienveillant d’une Molly Ringwald de 17 ans, et en proche vicinalité d’un sosie de Bob Dylan époque 1962 (à ceci près que le sosie avait un peu plus de boutons et un peu moins de classe que l’original). Entre deux bouchées d’œufs florentine, on a discuté de cette espèce de mid-life crisis qu’on expérimente parfois vers vingt ans, quand on réalise que d’autres du même âge ont déjà écrit des bouquins, tourné dans des films, gagné des prix, enregistré des albums ou que sais-je encore alors que soi-même on galère encore pour trouver un stage.

Pour continuer dans la catégorie “endroits cools”, je suis allée courir au bord du Regent’s Canal et ce fut une grande révélation – un peu comme si vous découvriez que le placard de votre chambre contient en fait un passage vers Narnia. Juste en prenant un tournant inhabituel dans une rue de mon quartier, j’ai découvert un monde peuplé de hipsters, de joggeurs (dont une qui courait en leggings léopard), de saules pleureurs et de mini-cascades, avec des gens qui s’arrêtent pour lire à l’ombre, boire un café à la terrasse d’un restaurant où les serveurs peuvent aussi promener votre chien, ou visiter une friperie installée à bord d’une péniche.

Je vous laisse sur une photo du panneau du Breakfast Club ce matin :

C’est une référence à Hunger Games, pour ceux qui ne l’auraient pas lu – mais qu’est-ce que vous attendez?

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I’m the hero of this story, I don’t need to be saved

(Le titre de cet article est sponsorisé par Regina Spektor, et vient de la chanson Hero, utilisée dans la BO de 500 Days of Summer / 500 jours ensemble – oui je regarde des films avec des Manic Pixie Dream Girls dedans, OH ÇA VA HEIN.)

(Ce qui d’un seul coup me fait penser à une autre chanson qui s’appelle Hero)

Comment récupérer, quand on s’est pris une (toute métaphorique) barre de fer dans la tronche?

Déjà, en évitant le déni et en admettant qu’on s’est pris une (métaphorique, certes) barre de fer dans la tronche. Sans déconner, ça sert à rien d’essayer de se dire tout de suite que tout ira bien et d’écouter Frank Sinatra en se disant qu’on est très heureux et si si JE TE DIS QUE JE SUIS TRÈS HEUREUX COMMENT ÇA MON SOURIRE EST UN PEU CRISPÉ MAIS NON C’EST PAS DES LARMES QUI COULENT DE MES YEUX OU ALORS CE DOIT ÊTRE DES LARMES DE JOIE PUISQUE JE SUIS DÉPASSÉ PAR TOUT CE BONHEUR PUISQUE JE SUIS TRÈS HEUREUX, TE DIS-JE.

Non, pour guérir, il faut d’abord accepter qu’on a mal (d’ailleurs Freud l’a sans doute dit). J’ai bien conscience qu’on pourrait m’accuser de dramatiser un peu, après tout j’ai juste échoué au concours d’entrée d’une école, il arrive chaque jour des choses bien plus graves à des millions de gens, mais J’AI EU MAL OK?

Un type que j’ai interviewé un jour (indice : il fait partie d’un groupe de musique) (vous voilà bien avancés) m’a dit : “Il n’y a pas de degré dans la douleur”. Et comme exemple, il a ajouté quelque chose du genre : “Il y a peut-être un type qui s’est fait arracher une jambe en Afrique, mais toi, tu t’es cassé le doigt, et t’as super mal“. Eh bien, c’est à peu près ça, voyez.

Ensuite, une fois qu’on a bien admis qu’on avait mal et qu’on a pleuré très fort et qu’on a bu cinq tasses d’eau pour éviter de mourir de déshydratation dans la foulée, on peut commencer à chercher des exutoires.

C’est comme ça que j’ai développé une addiction très accrue aux librairies Waterstone’s.

Waterstone’s, c’est un peu comme la Fnac en version anglaise, à ceci près que les Waterstone’s sont beaucoup plus cools et cosys et qu’on a facilement envie d’y passer son après-midi à feuilleter plein de bouquins. Du coup c’est un peu devenu mon nouveau passe-temps, prendre le métro et me balader un peu, puis rentrer dans un Waterstone’s et feuilleter des livres pendant une heure.

En corollaire de ce premier exutoire, j’ai développé une addiction encore plus accrue aux bouquins. Déjà avant j’étais incapable de ressortir d’une librairie les mains vides, mais là, pensez-vous, j’ai bien du acheter l’équivalent de la Bodleian Library d’Oxford (une bibliothèque qui contient donc un exemplaire de chaque livre publié au Royaume-Uni depuis 1911) en moins de deux semaines.

Et à chaque fois que je rentrais dans un Waterstone’s, j’allais au rayon Young Adult (qui s’appelle en réalité Teen Fiction, mais Young Adult ça sonne quand même mieux) et je regardais quels bouquins de John Green (l’auteur de… The Fault in Our Stars, officiellement le bouquin le plus cité en exemple sur ce blog) étaient disponibles. Au départ je comptais les acheter en édition Kindle, mais une fois les exemplaires papier en main, impossible de les reposer. Me voilà donc lancée dans un Marathon John Green, qui se passe très bien, merci :

Ce qui m’amène au point suivant du processus de guérison post-barre-de-fer-dans-la-gueule : les lectures thérapeutiques. Dans ce cas, John Green est particulièrement indiqué, parce qu’il aborde des problèmes comme le sens de la vie avec une facilité déconcertante et qu’il écrit des phrases dans ce genre là :

Those awful things are survivable, because we are as indestructible as we believe ourselves to be. […] We never need be hopeless, because we can never be irreparably broken.” (John Green (2005), Looking for Alaska, HarperCollins, p. 262)

(Oui, j’aime les citations bien académiques et bien propres, c’est mon petit luxe à moi.)

Après les lectures thérapeutiques, vient la phase “Après l’immense déception que je viens de subir, je peux bien manger/acheter/faire ce que je veux”. (Enfin, quand je dis “acheter ce que je veux”, dans la limite de mes moyens, bien évidemment – il ne s’agit pas de se retrouver à la fois sans école de journalisme et fauchée). Telle que je vous parle, j’ai mangé un paquet de Percy Pigs et deux tartines de Nutella pour le goûter, et un de mes dîners de la semaine dernière s’est soldé par deux Kinder Surprises en guise de dessert. D’après mon diagnostic, la phase “manger ce que je veux” est donc loin d’être terminée.

En ce qui concerne la partie “acheter ce que je veux”, ma propension à m’entourer de petits gagdgets en soi absolument cools mais relativement peu utiles a subi un certain regain de vigueur. Par exemple, j’ai commandé cet autocollant “this machine kills fascists” pour mon ordinateur (vous serez ravis d’apprendre que c’est ce que Woody Guthrie écrivait sur toutes ses guitares), ainsi que ce t-shirt “Holden Caulfield thinks you’re a phony” (Holden Caulfield étant le héros de L’Attrape-Coeurs, de Salinger, mon livre préféré de tous les temps – mais c’est un peu le livre préféré de tout le monde, non?). À Bath, j’ai à nouveau visité la boutique de souvenirs du Jane Austen Centre et j’en suis ressortie avec ça :

Ah oui, et j’ai aussi trouvé UN AUTHENTIQUE MOCKINGJAY PIN, JE SAIS, C’EST D’UNE CLASSE FOLLE (mais ça ne vous parlera que si vous avez lu Hunger Games).

Vous remarquerez peut-être que ces objets ont presque tous un rapport avec un ou plusieurs livres, et je pense, après m’être analysée moi-même, que c’est loin d’être anodin : il se trouve que je suis partie pour faire un master en droit économique, spécialité propriété intellectuelle, et je trouve qu’un des aspects cools de la propriété intellectuelle, c’est que c’est un ingrédient qui sert à faire des livres (mais ça sert aussi à faire des trucs immangeables comme l’HADOPI. On en reparlera).

Pour en revenir au processus de guérison, quand ça va un peu mieux, on peut commencer à écouter de la musique qui met de bonne humeur. Et aussi de la musique triste, parce que parfois on aura besoin d’être triste encore un petit peu. Dans ces moments-là, on pourra se convaincre que Keith Richards devait certainement penser à nous quand il a écrit la phrase “All the dreams we held so close seem to all go up in smoke” dans Angie.

Sinon, personnellement, j’ai beaucoup (mais alors vraiment beaucoup) écouté Simon & Garfunkel (particulièrement The sound of silence et The Boxer), et l’album de Hurts (qui s’appelle, assez ironiquement, Happiness). Il y a aussi eu cette chanson de Frank Sinatra que Camille a posté en commentaire sur l’article précédent et qui me donne envie de swinger dans les rues en tourbillonnant autour des lampadaires avec mon parapluie ouvert, si vous voyez à quoi je fais allusion.

Ensuite, c’est un peu comme pour une rupture amoureuse, il y a les petits coups de poignard du quotidien, comme par exemple quand on doit réviser ses exams de journalisme (qui sont dans moins d’une semaine à l’heure où nous mettons sous presse) et qu’on s’interdit de trouver ses cours trop intéressants parce qu’on sait que ce n’est pas ça qu’on fera l’année prochaine. Ou quand Mediapart nous envoie trois mails par jour (il faut savoir que dans les jours suivant le traumatisme, la seule évocation du nom d’une quelconque organisation journalistique provoquera chez le patient des épisodes psychotiques aigus) pour nous rappeler que 1° ils seront en accès libre dans une heure, 2° ÇA Y EST, ILS SONT EN ACCÈS LIBRE, 3° ils ont été en accès libre pendant une heure en début de soirée et c’était vachement cool même qu’on s’est bien marrés – sans déconner, Mediapart, tu pourrais arrêter, POUR L’AMOUR DE DIEU?

Le premier signe de guérison se manifestera un soir où, acceptant enfin son destin provisoire d’étudiante en droit, le sujet dira triomphalement à une de ses amies : “YOU’VE JUST BEEN LAWYERED” (ce que l’on pourrait traduire approximativement par “TU VIENS DE TE FAIRE AVOCATER”, ce qui ne veut rien dire) (pour ceux qui ne regardent pas How I met your mother, apprenez que c’est une phrase qui est dite de façon récurrente par Marshall) (mais si vous ne regardez pas How I met your mother, vous ne savez probablement pas qui est Marshall) (oh, well).

Maintenant, j’ai envie de terminer mon article par une chanson qui lui donne autant d’optimisme qu’un épisode de Glee. ÇA Y EST, J’AI TROUVÉ :


Bon.

Telle le Titanic avant moi, je vais briser la glace : je n’ai pas été acceptée à l’École de Journalisme de Sciences Po.

On ne va pas se mentir, on ne peut pas vraiment dire que j’aie été très contente à l’annonce des résultats (j’étais en train de finir le deuxième tome de Hunger Games en mangeant des Skittles quand ça s’est produit).

Et puis, un peu plus d’une heure plus tard, voilà ce que j’étais en train de faire sur Google Plus :

Feel like a Sir

Ce que j’essaie de vous dire, avec ma moustache et mon monocle et mon haut-de-forme, c’est que ÇA VA ALLER.

John Green a écrit une phrase, dans The Fault in Our Stars (oui, ENCORE ce bouquin, oui), que j’ai dans la tête depuis hier soir: “The world is not a wish-granting factory”. Ce qui veut dire : “Le monde n’est pas une usine à réaliser les vœux”. C’est Augustus qui la dit à Hazel, et elle m’a marquée parce qu’elle vient d’un type qui a eu un cancer et s’est fait amputer d’une jambe et qu’elle est destinée à une fille qui a toujours un cancer et dont les poumons se remplissent d’eau petit à petit. Alors forcément, vu comme ça, cette phrase, elle est un peu ironique (parce que vous pensez bien qu’Hazel, avec ses poumons remplis d’eau, est au courant, que le monde n’est pas une usine à exaucer les vœux).

Aussi, mes chères Morgane et Lucie l’ont eue, elles, alors je propose qu’on les applaudisse comme il se doit.

OH OH il y a autre chose aussi (la littérature américaine contemporaine est décidément pleine de ressources) : je viens de penser au titre d’un bouquin de Joyce Carol Oates que j’ai adoré dès la première fois que je l’ai lu (le titre, le bouquin, lui, est encore dans ma Wishlist Amazon, mais un jour je le lirai, promis): “After the wreck, I picked myself up, spread my wings, and flew away”. Ce qui signifie joliment : “Après l’accident, je me suis relevée, j’ai déployé mes ailes, et je me suis envolée”.

Voilà.


“People are crazy and women happen to be people”

Oui, bonjour oui,

Je suis censée être en train de faire ma valise (je prends l’Eurostar dans six heures pour retourner du côté britannique de la Manche) donc je n’ai pas le temps de vous écrire un post bien senti sur le SAV par téléphone de SFR et ce à quoi il sert (c’est-à-dire rien). À la place, j’ai décidé de vous montrer cette vidéo de Tavi Gevinson (la blogueuse de The Style Rookie et (co)-fondatrice de Rookie Mag), qui parle de féminisme à la conférence TEDxTeen et qui fait preuve d’une maturité dont, à vingt ans, je peux seulement rêver.

Et en plus son Power Point est formidable.


Stonehenge et les aliens

Vous vous souvenez de ce jour où Morgane et moi avons voyagé jusqu’à Oxford en car et visité le Warwick Castle au passage? Eh bien, il y a un mois (il n’est jamais trop tard pour raconter un chouette voyage), on a retenté l’expérience, pour cette fois-ci nous rendre à Bath après un crochet par Stonehenge.

On s’est réveillées aux aurores (comprenez vers six heures du matin) et, dans un demi-sommeil, on a avalé un bol de céréales, enfilé nos tenues de touristes et chaussé nos rangers, et on est parties. Alors que vous visualisez intérieurement ce moment du récit, je vous demande d’inclure dans votre image mentale celle d’une feuille de papier pliée en deux sur mon bureau, c’est très important pour la suite.

On a marché jusqu’à la station de métro alors que je vérifiais ma montre nerveusement toutes les cinq minutes (comment Morgane a résisté à l’envie de glisser un sédatif dans mes Cheerios, je ne le saurai jamais), et c’est à l’arrivée du long escalator de la station d’Angel que j’ai réalisé que :

1° J’avais complètement oublié de vérifier que j’avais encore de l’argent sur mon compte (pratique pour acheter à manger pendant toute une journée et payer les entrées des moult attractions touristiques au programme)

2° Que je n’avais pas de liquide (et aucune idée de s’il était possible de payer par carte à Stonehenge) (je rêvais de voir Stonehenge depuis des années et d’un seul coup je me suis demandé si je n’allais pas en être réduite à observer les menhirs depuis le parking)

3° J’avais AUSSI complètement oublié mon billet pour le car (LA FEUILLE PLIÉE EN DEUX SUR MON BUREAU, C’ÉTAIT ÇA), ce qui compromettait donc ma participation tout entière à ce voyage (notons bien, si on m’avait interdit l’accès au car pour incapacité à présenter mon billet, les deux problèmes précédents auraient été réglés).

Finalement, j’ai pu retirer de l’argent dans la station de métro d’arrivée et les gentils organisateurs m’ont laissé monter dans le car (c’est-à-dire que la responsable m’a dit d’y aller, et je lui ai posé une question conne genre “Vous êtes sûre?”, elle a commencé à me répondre un truc, quelqu’un l’a interrompue avec une autre question, elle s’est retournée, et je me suis carapatée rejoindre Morgane dans le car sans demander mon reste).

On est arrivés à Stonehenge et, après un détour réglementaire par le snack (le problème, quand on se lève à six heures du matin, c’est qu’on a faim toute la matinée), on a enfin pu poser les yeux sur les menhirs tant attendus, avec à l’oreille le doux chant de l’audio-guide inclus dans le prix de la visite, même qu’on ne s’y attendait pas et que c’était une bonne surprise.

Si vous hésitiez à faire la route jusqu’à Stonehenge, je vous le dis sans aucun doute : FAITES LE. C’est super cool (bon après bien sûr on ne peut pas exactement aller tâter les pierres du bout du doigt mais d’un autre côté ça semble normal, si c’était possible Stonehenge serait déjà couvert de tags style “Bernad é Bianca été là le 2 déssambr lol xD”). L’audioguide évoque même la possibilité que Stonehenge ait été construit par des aliens et ça, pardonnez-moi, mais c’est un audioguide COOL. Sinon, bien entendu, le fait qu’on ne sache pas exactement pourquoi ni comment le site a été mis en place me fait TRÉPIGNER DE FASCINATION. Aussi, je ne le savais pas, mais les pierres sont enfoncées sur plusieurs mètres dans le sol, ça m’a achevée, C’EST BON STONEHENGE, PRENDS MON ÂME, MON INTÉGRITÉ INTELLECTUELLE, PRENDS, JE TE LES OFFRE DE BON CŒUR.

Après toutes ces émotions et un détour par le magasin de souvenirs, on a repris le car, et c’est par une succession de petites routes de campagne où notre énorme car n’avait rien à faire (j’ai passé mon temps à somnoler et à me réveiller en sursaut à chaque coup de frein, persuadée que la fin était proche), on est arrivées à Bath. Et là, les astres se sont alignés comme ils le font rarement : on crevait de faim (pour changer), on voulait manger rapidement, et le car s’est arrêté JUSTE EN FACE d’un petit café TROP MIGNON, à thème ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (ça s’appelait The Mad Hatter’s Tea Party, mais rien à voir avec la politique américaine), avec des serveuses adorables qui servaient de la nourriture délicieuse et faite maison. QUE DEMANDE LE PEUPLE JE VOUS LE DEMANDE?

C’est donc ravies et rassasiées que nous nous sommes dirigées vers notre premier point de chute : LE JANE AUSTEN CENTRE. Rappelez-vous, j’ai visité Bath l’hiver dernier avec mes amies Bridgette et Suzanne (qui depuis sont retournées chez elles et même que c’est très triste), sauf qu’on était arrivées trop tard au Jane Austen Centre et qu’on avait du se contenter de la boutique de souvenirs (une très sympathique boutique de souvenirs au demeurant). Morgane étant aussi mordue de Jane Austen que moi, il n’était pas question de renouveler cet échec, et c’est avec un enthousiasme proche de la maniaquerie que j’ai payé mon ticket.

Aussi, Colin Firth (Mr. Darcy dans la version de la BBC d’Orgueil et Préjugés) était à l’entrée pour nous accueillir :

À l’intérieur, on a appris plein de choses sur Jane Austen et sa vie à Bath (qu’elle n’avait pas l’air d’apprécier énormément apparemment, mais c’est surtout parce qu’elle préférait la campagne) (elle parle de la ville à travers ses personnages dans Northanger Abbey et Persuasion)et on a pu essayer des bonnets dans le style de l’époque (et se prendre copieusement pour Elizabeth Bennett par la même occasion).

Sur ces belles aventures, on est repassées par des petites rues de Bath pour nous rendre aux Bains Romains – et là il faut quand même que je vous rappelle que j’ai visité les Bains Romains quatre fois dans ma vie, dont deux fois ces six derniers mois (“Mais pourquoi y es-tu retournée cette fois-ci, folle que tu es?” vous demandez-vous sûrement. Eh bien, parce que Morgane ne les avait pas encore vus. Voilà.). Mais je crois que je ne m’en lasserai jamais. Enfin, là, quand même, j’ai envisagé de demander un audioguide en coréen pour varier un peu, mais finalement je l’ai pris en français et c’était toujours très intéressant.

Pour finir la journée, et comme nous avions été des touristes très efficaces, on a eu le temps de se balader encore un peu et de visiter l’Abbaye.

Et c’est sur une citation de Northanger Abbey que j’ai décidé de terminer cet article (elle ne reflète pas la vision de Jane Austen vis-à-vis de Bath, en revanche elle résume bien le fond de ma pensée) : “I shall always be talking of Bath, when I am at home again — I do like it so very much. […] Oh! Who can ever be tired of Bath?“.


The fault in our stars

J’étais en train de regarder un épisode de New Girl quand j’ai subitement réalisé que tout ce que j’avais vraiment envie de faire, c’était de vous parler de The fault in our stars en mangeant du chocolat de Pâques en avance (à ajouter à la liste des avantages de l’expatriation : recevoir mon chocolat de Pâques en avance parce que ma chère mère m’a rendu visite le weekend dernier).

The fault in our stars est le dernier bouquin de John Green, qui est un auteur américain d’environ quarante ans qui vit en Indiana avec son fils, Henry (qui doit avoir un ou deux ans) et sa femme, Sarah, alias The Yeti (parce qu’on ne la voit jamais mais qu’on en parle parfois) et écrit de la littérature pour jeunes adultes – et qui est accessoirement, aussi, mon nouveau héros étoilé.

Il est connu sur Internet pour avoir lancé en 2007 le projet Vlogbrothers avec son frère Hank – qui consistait pour eux à ne communiquer que par l’intermédiaire de vidéos Youtube. Ils ont rencontré un succès monstre et ils font encore des vidéos à ce jour, réguliers comme des pendules et toujours drôles et intéressants et fantastiques. Ils ont aussi ouvert une nouvelle chaîne Youtube, qui s’appelle Crash Course et qui est un peu une version 2012 de C’est pas sorcier – John nous apprend l’histoire des civilisations et Hank la biologie. Dernièrement, il soutient aussi Kiva, un système de microcrédit en ligne.

Aussi, les lecteurs de John Green ont bâti une communauté en ligne qui s’appelle les Nerdfighters. Leur devise est “Don’t forget to be awesome”, ou “DFTBA”. D’où ce petit mot, trouvé dans une copie de The fault in our stars à ma librairie locale :

(C'est un exemplaire dédicacé. Tous les exemplaires de la première impression sont dédicacés - y compris le mien, signé en rouge. John Green a fait voter les internautes pour savoir quelle couleur de marqueur utiliser, et a fini par signer un nombre de copies proportionnel au nombre de votes recueillis par chaque couleur.)

The foult in our stars est le quatrième bouquin et demi (bon, ok, le cinquième) de John Green – il a déjà écrit Paper towns, Looking for Alaska et An abundance of Katherines, et il a coécrit Will Grayson, Will Grayson (ses bouquins sont traduits en français pour ceux qui goûtent peu la lecture en Shakespeare). C’est le seul que j’aie lu mais je suis sûre que les autres sont aussi formidables – cela dit, les critiques avaient plutôt l’air de s’accorder pour dire que The fault in our stars est son meilleur livre jusqu’ici.

The fault in our stars raconte l’histoire de Hazel, qui a un cancer et les poumons remplis d’eau, et Augustus, qui a une jambe en moins. Ça parle de cancer, d’amour, d’Amsterdam et d’un bouquin qui s’appelle An imperial affliction et qui malheureusement n’existe que dans l’imagination de John Green, même qu’on aurait bien voulu qu’il l’écrive aussi parce qu’il a l’air drôlement bien.

Le personnage de Hazel est inspiré d’Esther, une Nerdfighter atteinte d’un cancer qui aimait beaucoup John Green et est malheureusement décédée depuis. Le livre lui est dédié. Mais John Green dit dans son avant-propos qu’il préférerait qu’on ne tente pas de distinguer ce qui, dans le personnage de Hazel, relève de la réalité de ce qui relève de la fiction. Il rappelle que c’est un roman, qu’il l’a inventé, et que toute tentative de le relier à la réalité impliquerait que le récit d’imagination a moins de valeur. Et je le respecte pour ça.

On pleure beaucoup en lisant The fault in our stars MAIS CELA NE DOIT PAS VOUS EMPÊCHER DE LE LIRE PARCE QU’ON PLEURE D’UNE FAÇON QUI FAIT DU BIEN. Et ensuite quand on a fini le bouquin on met plusieurs jours à trouver ce qu’on va lire ensuite parce qu’aucun livre ne pourra jamais être à la hauteur de celui-là, enfin pas immédiatement. C’est le genre de livre avec lequel on doit rompre avant de pouvoir passer à autre chose, ok? Et moi je pense qu’un livre qui vous donne l’impression d’être embringué dans une relation avec lui est un bon livre.

Et quand vous l’aurez fini, vous aurez le droit d’aller sur ce Tumblr, créé spécialement par John Green pour répondre aux questions de ses lecteurs à propos de The fault in our stars. Il est réservé aux personnes qui ont fini le bouquin parce que forcément il contient des spoilers, et par conséquent il est protégé par mot de passe (le dernier mot de la dernière section du livre. Je vous exhorterais bien à résister à la tentation et à ne pas tenter d’aller savoir ce qu’il se passe à la fin du bouquin avant d’y être arrivé, mais même moi, la grande empotée du suspense devant l’éternel, je n’ai pas voulu savoir à l’avance ce qui allait se passer –  parce que l’histoire est belle et qu’il faut la laisser se développer à son rythme.

John Green est conscient que certaines personnes pourraient être découragées de lire son livre à force d’entendre partout et tout le temps que c’est un livre qui fait pleurer. Dans ce cas, il préconise la méthode suivante : expliquer aux gens que s’ils lisent le livre et qu’ils ne l’aiment pas, il peuvent venir nous donner un coup dans l’estomac. Eh bien c’est ce que je fais ici. Lisez ce livre, et s’il ne vous plaît pas, cherchez-moi, trouvez-moi, et frappez moi dans l’estomac d’une force proportionnelle à votre manque d’enthousiasme lors de la lecture de ce bouquin. Voilà.


La schizophrénie

Je viens de vivre la parfaite conclusion à la Journée de l’Absurde que fut ce vendredi.

À 20h30, subitement, l’Internet a décidé d’arrêter de fonctionner. Ce qui aurait pu n’avoir aucune importance si je n’avais pas prévu de passer le vendredi soir à rédiger un essay sur le traitement des désastres naturels dans les médias et si j’avais eu pour projet de passer la soirée accoudée au comptoir d’un pub comme il se doit.

Sauf que j’étais censée bosser, donc, COMME TOUJOURS EN CE MOMENT, mais ça c’est un autre problème. Je suis donc descendue demander au mec de l’accueil ce qui se passait – il faut savoir que les soirs et les week-ends, le management de la résidence est remplacé par des gardiens, qui sont juste chargés d’assurer une présence mais qui n’ont vraiment aucune idée de ce qui se passe dans cette baraque. C’est pour ça que quand le mec de garde m’a annoncé que 1° le réparateur venait lundi (on est vendredi soir, hein, pour rappel), 2° il ne pouvait rien faire, j’ai été 1° peu surprise (il ne peut JAMAIS rien faire de toute façon), 2° d’un zen impeccable (du moins en apparence).

Je me suis donc barrée avec mes livres dans un sac et mon ordinateur dans un autre, prête à conquérir le wifi de l’université. J’ai donc retrouvé la bibliothèque de City et son ambiance post-apocalyptique du vendredi soir.

Sauf que non. L’Internet de l’université était cassé aussi. Quand j’ai compris ça, je me suis dit que la situation commençait vraiment à puer des aisselles, passez-moi l’expression.

Trouver du wifi un vendredi soir dans un lieu qui ne soit ni une habitation privée, ni une université relève de l’impossible. Je m’en suis rendu compte en faisant le tour du quartier en écoutant Wuthering Heights de Kate Bush – parce que je cherchais Internet avec un désespoir à la mesure de celui de Kathy quand elle cherche Heathcliff dans Les hauts de Hurlevent.


Les Starbucks étaient fermés, déjà, et les MacDo, ben je suis pas sûre qu’ils aient du wifi ici. Alors j’allais pas m’acheter un Big Mac juste pour avoir le droit de m’installer et m’apercevoir ensuite que non, ils n’avaient pas le wifi, et que je me retrouvais du coup avec un burger à 500 calories sur les bras.

C’est assez abattue que je suis rentrée chez moi, persuadée que je n’arriverai jamais à écrire cet essay, et, par extension, à valider mon année. J’avais l’impression d’être plongée dans cet épisode de Tomtom et Nana où Tomtom a une addition à faire mais n’arrive à s’installer nulle part pour travailler. J’ai branché mon câble Ethernet sans conviction, essayé de me connecter, et vu que ça ne marchait pas. Alors j’ai décidé d’appeler Morgane pour lui demander l’asile digital. Et là, au bout de deux sonneries, BAM, l’Internet a décidé de refonctionner. J’en déduis que Morgane est dotée de pouvoirs divins et qu’il faudra la béatifier un jour (ça comptera comme son miracle).

Mais revenons-en à ce vendredi de l’étrange, donc.

En ce moment, je nage en plein remake de la chanson de Natalie Imbruglia Torn (souviens-toi les années 90). C’est-à-dire que je suis déchirée (oui, DÉCHIRÉE) entre mon léger mal du pays (ce matin les larmes me sont venues aux yeux à la seule évocation du mot “maison”) et la conscience que plein de choses me manqueront quand j’aurai quitté Londres. C’est ce que j’appelle la schizophrénie de l’étudiant en 3A, et je trouve que c’est un mal méconnu dont on ne parle pas assez. En gros, j’ai deux maisons, et quand je suis dans l’une, l’autre me manque forcément.

(Ce paragraphe me tend bien trop de perches pour insérer encore plus de vidéos neuneu dans cet article, et je ne vois pas pourquoi je ne la saisirais pas: )

En même temps tout à l’heure j’ai failli pleurer parce que personne n’est venu s’asseoir à côté de moi en cours, donc je pense être de toute façon dans un état assez émotif en ce moment (d’ailleurs c’est la pleine Lune, coïncidence? Je ne crois pas).

Ce qui va me manquer, par exemple, c’est mon quartier. Indéniablement, Angel est un des quartiers les plus agréables de Londres et j’ai une chance folle d’y habiter. Jack le chat va me manquer. Le pub du coin de la rue, qui sent le houblon jusque sur le trottoir, va me manquer.

La bouffe (naturellement) aussi. Saviez-vous que je peux atteindre en à peu près 20 minutes de marche, 1° un YO! Sushi, mon fournisseur officiel et préféré de poisson cru, 2° un magasin qui vend des cupcakes avec la tête d’Elvis dessus (MAIS OÙ JE VAIS TROUVER ÇA À PARIS, FRANCHEMENT), 3° un Breakfast Club qui vend des montagnes de pancakes à prix modiques, 4° un pub qui fait un Sunday Roast (rôti du dimanche, littéralement) de malade, et bien d’autres merveilles encore, comme un Jamie’s Italian ou une Hummingbird Bakery. Aussi, j’ai pris l’habitude de manger des Cheerios tous les matins et JE NE SAIS PAS COMMENT JE VAIS FAIRE QUAND JE NE POURRAI PLUS EN ACHETER.

Il y a aussi des trucs liés à City University qui vont me manquer. La bibliothèque pleine de livres sur des matières que je n’étudie pas et qui me donne l’impression d’être Lisbeth Salander quand elle épluche les archives de la Vanger Corporation (mais là c’est vraiment un effet de la nostalgie parce que la biblothèque de l’université est moderne et bien éclairée alors que je crois que la salle d’archives de Lisbeth n’a même pas de fenêtres). Ou la Pool : je vous l’ai pas dit, je crois, mais avant, il y avait une piscine olympique dans l’université. UNE PISCINE OLYMPIQUE. Bon, le fait est qu’ils l’ont recouverte, et maintenant c’est une salle avec des ordinateurs. Mais avant les étudiants pouvaient aller faire un plongeon entre deux cours et il reste encore les cabines dans lesquelles ils allaient se changer (je crois qu’elles servent de placards à archives).

Je vais même regretter les cuisines communes dégueulasses où il se passe les trucs les plus farfelus – l’autre jour, depuis un couloir, j’ai aperçu un type tout simplement étalé de tout son long sur le comptoir, en train de bavarder gaiement avec son pote qui s’affairait près des plaques chauffantes.

Rentrer d’Oxford Street en bus va me manquer. Réussir à choper la place à l’avant du bus au deuxième étage d’un Double Decker va me manquer.

Bon en revanche, les coupures d’Internet me manqueront moins. C’est toujours ça, hein.