Mercy’s kitchen dream

Alors voilà. Quelque chose s’est produit.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, au début de l’année, pour marquer le départ en fanfare de mon année à Londres, mes parents m’avaient emmenée dîner dans un restaurant de Gordon Ramsay. En se payant une porte en verre par accident, mon père avait définitivement fait de cette soirée un moment culte. Par l’absolution de cette paroi en verre, Ramsay était en quelque sorte devenu la mascotte de cette année qui s’annonçait folle (et qui le fut).

Alors, pour boucler la boucle, quand il a fallu choisir un restaurant pour aller dîner ce soir (mes parents sont gentiment venus m’aider à re-déménager dans l’autre sens), on s’est dit (enfin, je me suis dit, et le reste de l’assemblée à approuvé), que ce serait sympa d’aller au Bread Street Kitchen, le dernier restaurant ouvert par Ramsay dans Londres.

Sauf que, le destin s’en est mêlé. Mes parents ont été retardés de sept bonnes heures pour une sombre histoire de mauvais carburant mis dans le réservoir de la voiture et d’un locateur de voiture qui n’avait pas de voiture à louer – du coup, j’ai du appeler le restaurant pour décaler la réservation de 8 h à 9 h. Mais finalement, on est arrivé à 20h30. Alors on est allé boire un verre au bar du restaurant en attendant notre table.

Et là, en passant le pas de la porte, alors qu’on nous indiquait où on pouvait s’asseoir, subitement, j’ai compris. La panne de bagnole, la réservation à changer, la demi-heure d’avance, tout ça, c’était le destin qui jouait avec nous pour s’assurer que nous serions bien à l’endroit X à l’instant T. Parce que rapidement, ma mère s’est penchée vers moi, et m’a dit d’un ton semi-émerveillé / semi-tendu qui semblait crier “Je vais t’annoncer quelque chose de formidable mais promets-moi de ne pas t’évanouir” : “Il est là, Gordon.”

Sans déconner, la dernière fois qu’elle avait utilisé ce ton, c’était à Miami, pour me prévenir qu’il y avait des alligators en liberté à moins de 20 mètres de nous (et qu’il fallait que j’évite de hurler de peur afin de ne pas les sortir de leur torpeur). Et effectivement, il était là, Gordon, entouré de sa femme et de ses enfants (et aussi d’autres gens, je crois, mais je ne me souviens pas très bien, mon cerveau baignait dans l’adrénaline à ce moment du récit).

Se sont enchaînées les milliers de décisions qu’on fait à la vitesse de l’éclair dans ces moments-là. On a dégainé, qui son iPhone, qui son HTC, on a élaboré un plan de stratégie, j’ai attendu que Gordon finisse sa conversation avec un autre monsieur, j’ai noté qu’une autre fille était déjà allée lui demander une photo et que ça avait l’air de s’être bien passé, et ensuite, le destin m’a mis un grand coup de pied aux fesses et je suis allée le voir gentiment. Ce faisant, j’ai enfreint ma règle de conduite principale, à savoir qu’il m’est interdit d’adresser la parole aux gens à l’encontre de qui j’éprouve des sentiments proches de ceux de la groupie, sous peine de me couvrir de ridicule (jurisprudence Raphael datant de 2008). Mais là, j’y suis allée, parce que si je ne l’avais pas fait je me serais retrouvée à hululer de longs “Pourquoiiiii” toute la nuit.

De toute façon, je n’avais aucune raison d’avoir peur, parce qu’il s’est avéré que Gordon Ramsay est fondamentalement GENTIL. Mais alors vraiment. Adorable. Une fois les photos prises, il a discuté un peu avec nous, jusqu’au moment où il a compris qu’on était français, et alors là, c’était l’aller simple vers les sommets du merveilleux. Voyez-vous, Gordon Ramsay parle couramment français. Cela s’explique notamment par le fait qu’il a fait ses classes à Paris, chez Robuchon, fut un temps. Moi je le savais déjà (parce que bien entendu j’ai lu son autobiographie), et pendant qu’il expliquait tout ça à mes parents, j’acquiesçais furieusement. Ma mère, prise d’une inspiration créatrice (et Dieu la bénisse, parce qu’à ce moment donné des choses, j’étais bigrement incapable d’aligner deux mots corrects), lui a expliqué que je repartais de Londres demain et tout et tout. Quelque part dans mon cerveau, un engrenage n’arrivait pas bien à gérer tout ça, et une petit voix répétait en boucle : “GORDON RAMSAY. PARLE EN FRANÇAIS. À TA MÈRE.” La vision surréaliste.

Je ne sais plus trop comment, on a regagné notre table de bar et on a commandé à boire alors que je m’empressais d’annoncer la bonne nouvelle à tout Twitter de mes doigts tremblants. Quelque part sous la table, mes genoux jouaient des maracas. À un moment, il m’a vue en train d’épier un peu du côté de sa table, et au lieu de hausser les sourcils ou de sortir sa bombe lacrymo, il m’a FAIT UN SOURIRE.

Et là, le destin a décidé que finalement on n’en avait pas eu assez. Qu’il fallait bien en remettre une petite couche. Que c’était mon dernier soir à Londres. Que ça valait bien un petit quelque chose.

Alors, Gordon Ramsay est passé près de notre table pendant que lui et sa petite famille passaient du bar au côté restaurant. Et, alors qu’il est passé à côté de nous, il a dit – et je vous jure que c’est vrai, il a dit en français : “Passez une très bonne soirée, et un bon dimanche.”

UNE TRÈS BONNE SOIRÉE. ET UN BON DIMANCHE. DE LA PART DE GORDON RAMSAY. DANS SON RESTAURANT. VOILÀ.

Alors, je repars de Londres avec ce que je désirais le plus ardemment au cours de cette année à l’étranger : une super photo de profil Facebook avec Gordon Ramsay dessus. Ça m’aura pris un an. Mais je l’ai eue. En trois exemplaires.


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: