Martine rentre de 3A

L’infini puits de sagesse qu’est John Green a écrit, dans son troisième livre, Paper Towns : “It is so hard to leave – until you leave. And then it’s the easiest goddamned thing in the world.”*

À environ 24 heures de mon départ de Londres, le jury n’a pas encore décidé si John Green avait complètement raison quant à sa deuxième phrase – je vérifierai ça demain. En revanche, je crois bien qu’il y a du vrai dans la première phrase : “It is hard to leave – until you leave”.

Ce qui est difficile, dans un départ, ce sont les dernières semaines, où on passe ses journées entières à partir, justement, et où l’on n’en finit plus de dire au revoir. Ce sont tous les pèlerinages du quotidien passés à se remémorer tous les bons moments qu’on a vécu, et à se dire qu’on ne sera plus là dans quelques semaines. Ce sont les affiches du métro qui annoncent des expositions qui commenceront une fois qu’on sera parti. C’est la voix off de la télé qui signale un prochain épisode de Gordon Behind Bars, la nouvelle émission de Gordon Ramsay, qu’on ne pourra pas voir.

Mais une fois que le jour J arrive, et que l’on n’a plus d’autre choix que d’emballer ses affaires et de s’en aller pour de bon, tout devient plus facile. Parce qu’au lieu d’être quelqu’un qui fait, on devient quelqu’un qui a fait. Et c’est bien aussi. En fait, il m’est arrivé de faire des choses plus pour le plaisir de les avoir faites que pour le plaisir ressenti au moment où elles se sont déroulées – faire le Space Mountain cinq fois de suite à Disneyland, par exemple. Dans le cas de mon année à Londres, je commence à me rendre compte que la satisfaction d’y avoir vécu pourrait peut-être – peut-être – se mesurer au pied que ça a été, d’y être pendant un an.

Il n’y a qu’à voir le carnet réservé à mes to-do lists pour comprendre que peu de choses dans la vie me procurent une satisfaction comparable à celle que j’éprouve en rayant d’un petit trait bien net un élément d’une liste de choses à faire. Or, en quittant Londres, je peux rayer un truc énorme, que beaucoup de personnes font figurer dans leur bucket list sans jamais passer à l’action. Vivre à l’étranger, c’était génial. Vivre avec la satisfaction de savoir qu’on l’a fait, ça doit être pas mal aussi.

Sur ce, je vais retourner à mes activités du jour, c’est-à-dire attendre mes parents, coincés sur les routes anglaises à bord d’une voiture pleine du mauvais type d’essence, trier mes affaires, et pleurer épisodiquement en écoutant Joan Baez.


* Ce que l’on pourrait traduire approximativement – je carbure uniquement au sucre, à la caféine et aux émotions contradictoires, je serais bien incapable de traduire autrement qu’approximativement – par : “C’est tellement difficile de partir – jusqu’à ce qu’on parte. Et alors c’est la plus facile foutue chose du monde.”


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: