I’m the hero of this story, I don’t need to be saved

(Le titre de cet article est sponsorisé par Regina Spektor, et vient de la chanson Hero, utilisée dans la BO de 500 Days of Summer / 500 jours ensemble – oui je regarde des films avec des Manic Pixie Dream Girls dedans, OH ÇA VA HEIN.)

(Ce qui d’un seul coup me fait penser à une autre chanson qui s’appelle Hero)

Comment récupérer, quand on s’est pris une (toute métaphorique) barre de fer dans la tronche?

Déjà, en évitant le déni et en admettant qu’on s’est pris une (métaphorique, certes) barre de fer dans la tronche. Sans déconner, ça sert à rien d’essayer de se dire tout de suite que tout ira bien et d’écouter Frank Sinatra en se disant qu’on est très heureux et si si JE TE DIS QUE JE SUIS TRÈS HEUREUX COMMENT ÇA MON SOURIRE EST UN PEU CRISPÉ MAIS NON C’EST PAS DES LARMES QUI COULENT DE MES YEUX OU ALORS CE DOIT ÊTRE DES LARMES DE JOIE PUISQUE JE SUIS DÉPASSÉ PAR TOUT CE BONHEUR PUISQUE JE SUIS TRÈS HEUREUX, TE DIS-JE.

Non, pour guérir, il faut d’abord accepter qu’on a mal (d’ailleurs Freud l’a sans doute dit). J’ai bien conscience qu’on pourrait m’accuser de dramatiser un peu, après tout j’ai juste échoué au concours d’entrée d’une école, il arrive chaque jour des choses bien plus graves à des millions de gens, mais J’AI EU MAL OK?

Un type que j’ai interviewé un jour (indice : il fait partie d’un groupe de musique) (vous voilà bien avancés) m’a dit : “Il n’y a pas de degré dans la douleur”. Et comme exemple, il a ajouté quelque chose du genre : “Il y a peut-être un type qui s’est fait arracher une jambe en Afrique, mais toi, tu t’es cassé le doigt, et t’as super mal“. Eh bien, c’est à peu près ça, voyez.

Ensuite, une fois qu’on a bien admis qu’on avait mal et qu’on a pleuré très fort et qu’on a bu cinq tasses d’eau pour éviter de mourir de déshydratation dans la foulée, on peut commencer à chercher des exutoires.

C’est comme ça que j’ai développé une addiction très accrue aux librairies Waterstone’s.

Waterstone’s, c’est un peu comme la Fnac en version anglaise, à ceci près que les Waterstone’s sont beaucoup plus cools et cosys et qu’on a facilement envie d’y passer son après-midi à feuilleter plein de bouquins. Du coup c’est un peu devenu mon nouveau passe-temps, prendre le métro et me balader un peu, puis rentrer dans un Waterstone’s et feuilleter des livres pendant une heure.

En corollaire de ce premier exutoire, j’ai développé une addiction encore plus accrue aux bouquins. Déjà avant j’étais incapable de ressortir d’une librairie les mains vides, mais là, pensez-vous, j’ai bien du acheter l’équivalent de la Bodleian Library d’Oxford (une bibliothèque qui contient donc un exemplaire de chaque livre publié au Royaume-Uni depuis 1911) en moins de deux semaines.

Et à chaque fois que je rentrais dans un Waterstone’s, j’allais au rayon Young Adult (qui s’appelle en réalité Teen Fiction, mais Young Adult ça sonne quand même mieux) et je regardais quels bouquins de John Green (l’auteur de… The Fault in Our Stars, officiellement le bouquin le plus cité en exemple sur ce blog) étaient disponibles. Au départ je comptais les acheter en édition Kindle, mais une fois les exemplaires papier en main, impossible de les reposer. Me voilà donc lancée dans un Marathon John Green, qui se passe très bien, merci :

Ce qui m’amène au point suivant du processus de guérison post-barre-de-fer-dans-la-gueule : les lectures thérapeutiques. Dans ce cas, John Green est particulièrement indiqué, parce qu’il aborde des problèmes comme le sens de la vie avec une facilité déconcertante et qu’il écrit des phrases dans ce genre là :

Those awful things are survivable, because we are as indestructible as we believe ourselves to be. […] We never need be hopeless, because we can never be irreparably broken.” (John Green (2005), Looking for Alaska, HarperCollins, p. 262)

(Oui, j’aime les citations bien académiques et bien propres, c’est mon petit luxe à moi.)

Après les lectures thérapeutiques, vient la phase “Après l’immense déception que je viens de subir, je peux bien manger/acheter/faire ce que je veux”. (Enfin, quand je dis “acheter ce que je veux”, dans la limite de mes moyens, bien évidemment – il ne s’agit pas de se retrouver à la fois sans école de journalisme et fauchée). Telle que je vous parle, j’ai mangé un paquet de Percy Pigs et deux tartines de Nutella pour le goûter, et un de mes dîners de la semaine dernière s’est soldé par deux Kinder Surprises en guise de dessert. D’après mon diagnostic, la phase “manger ce que je veux” est donc loin d’être terminée.

En ce qui concerne la partie “acheter ce que je veux”, ma propension à m’entourer de petits gagdgets en soi absolument cools mais relativement peu utiles a subi un certain regain de vigueur. Par exemple, j’ai commandé cet autocollant “this machine kills fascists” pour mon ordinateur (vous serez ravis d’apprendre que c’est ce que Woody Guthrie écrivait sur toutes ses guitares), ainsi que ce t-shirt “Holden Caulfield thinks you’re a phony” (Holden Caulfield étant le héros de L’Attrape-Coeurs, de Salinger, mon livre préféré de tous les temps – mais c’est un peu le livre préféré de tout le monde, non?). À Bath, j’ai à nouveau visité la boutique de souvenirs du Jane Austen Centre et j’en suis ressortie avec ça :

Ah oui, et j’ai aussi trouvé UN AUTHENTIQUE MOCKINGJAY PIN, JE SAIS, C’EST D’UNE CLASSE FOLLE (mais ça ne vous parlera que si vous avez lu Hunger Games).

Vous remarquerez peut-être que ces objets ont presque tous un rapport avec un ou plusieurs livres, et je pense, après m’être analysée moi-même, que c’est loin d’être anodin : il se trouve que je suis partie pour faire un master en droit économique, spécialité propriété intellectuelle, et je trouve qu’un des aspects cools de la propriété intellectuelle, c’est que c’est un ingrédient qui sert à faire des livres (mais ça sert aussi à faire des trucs immangeables comme l’HADOPI. On en reparlera).

Pour en revenir au processus de guérison, quand ça va un peu mieux, on peut commencer à écouter de la musique qui met de bonne humeur. Et aussi de la musique triste, parce que parfois on aura besoin d’être triste encore un petit peu. Dans ces moments-là, on pourra se convaincre que Keith Richards devait certainement penser à nous quand il a écrit la phrase “All the dreams we held so close seem to all go up in smoke” dans Angie.

Sinon, personnellement, j’ai beaucoup (mais alors vraiment beaucoup) écouté Simon & Garfunkel (particulièrement The sound of silence et The Boxer), et l’album de Hurts (qui s’appelle, assez ironiquement, Happiness). Il y a aussi eu cette chanson de Frank Sinatra que Camille a posté en commentaire sur l’article précédent et qui me donne envie de swinger dans les rues en tourbillonnant autour des lampadaires avec mon parapluie ouvert, si vous voyez à quoi je fais allusion.

Ensuite, c’est un peu comme pour une rupture amoureuse, il y a les petits coups de poignard du quotidien, comme par exemple quand on doit réviser ses exams de journalisme (qui sont dans moins d’une semaine à l’heure où nous mettons sous presse) et qu’on s’interdit de trouver ses cours trop intéressants parce qu’on sait que ce n’est pas ça qu’on fera l’année prochaine. Ou quand Mediapart nous envoie trois mails par jour (il faut savoir que dans les jours suivant le traumatisme, la seule évocation du nom d’une quelconque organisation journalistique provoquera chez le patient des épisodes psychotiques aigus) pour nous rappeler que 1° ils seront en accès libre dans une heure, 2° ÇA Y EST, ILS SONT EN ACCÈS LIBRE, 3° ils ont été en accès libre pendant une heure en début de soirée et c’était vachement cool même qu’on s’est bien marrés – sans déconner, Mediapart, tu pourrais arrêter, POUR L’AMOUR DE DIEU?

Le premier signe de guérison se manifestera un soir où, acceptant enfin son destin provisoire d’étudiante en droit, le sujet dira triomphalement à une de ses amies : “YOU’VE JUST BEEN LAWYERED” (ce que l’on pourrait traduire approximativement par “TU VIENS DE TE FAIRE AVOCATER”, ce qui ne veut rien dire) (pour ceux qui ne regardent pas How I met your mother, apprenez que c’est une phrase qui est dite de façon récurrente par Marshall) (mais si vous ne regardez pas How I met your mother, vous ne savez probablement pas qui est Marshall) (oh, well).

Maintenant, j’ai envie de terminer mon article par une chanson qui lui donne autant d’optimisme qu’un épisode de Glee. ÇA Y EST, J’AI TROUVÉ :


One response to “I’m the hero of this story, I don’t need to be saved

  • BIDOCHON Robert

    Oh, well.

    Non, sérieusement, Simon & Garfunkel, c’est le bien, et Médiapart, ils sont assurément casse-burnes avec leur mail, et se faire avocater, c’est un peu la base de la vie dans les bars new-yorkais. Et voilà.
    (Du temps où j’avais un brin déprimé dans ma vie, en plus de S&G, j’écoutais Bruce Springstheen en boucle, l’album Nebraska, et ça, c’est un truc à te pendre.)

    Mais ne pas être pris, enfin, prise, à l’EDJ de Pipo, c’est quand même presque une chance.

    D’abord, parce qu’il n’y a pas forcément besoin de faire une école de journalisme pour être journaliste. Loin de là. Ca aide, j’en conviens. Mais c’est pas exactement la voie royale non plus, et dans les rédactions, on sait très bien faire la différence entre quelqu’un qui a à coeur de faire son métier et qui le fait bien (j’imagine que c’est à ta portée) et un guignol qui se croit journaliste parce qu’il a un diplôme, et que donc hop !, ses idées de sujet pètent le feu et ses papiers sont parfaits (y compris quand ils font cinq feuillets de trop).

    Ensuite, parce que quitte à faire une école de journalisme, faut savoir que celle de Pipo, c’est de la merde. J’insiste : c’est vraiment porte naouaque. De une, comment une école qui a la moitié du CAC40 sur son logo peut-elle dispenser un seul enseignement objectif ? De deux, la tradition pipotesque, c’est quand même connivence, proximité, recrachage, copié-collé et diplomatie : ça prépare plus à bosser au Figaro qu’à Médiapart, et je te laisse deviner lesquels m’apparaissent comme étant des journalistes. (Et encore, pour savoir comment ça fonctionne, et le travail de la rédaction, je ne considère par le Figaro comme un torchon.) De trois, on ne fait pas des journalistes sérieux avec des gens qui n’ont pas un minimum de connaissance du fonctionnement du monde dans lequel ils vivent. Je regrette de la dire, mais à la sortie du premier cycle (du collège universitare, quoi), il y en a pas mal qui n’ont toujours pas allumé la lumière dans toutes les pièces, et c’est pas Patino qui va éclairer tout ça.
    Du coup, si VRAIMENT tu veux faire une école de journalisme, tu aurais mieux fait de présenter le CFJ, par exemple, ou une autre – aller à Lille ?, quelle horreur ! Même leur concours d’entrée est beaucoup intéressant. Et puis, avoir une formation complémentaire JRI, ça n’a pas de prix. (Parce que ça, c’est utile.) C’est pas la panacée non plus, mais c’est moins pire, moins de la merde, que Sciences Pot.

    Enfin, la question débile, veux-tu faire du journalisme ? Parce qu’honnêtement, c’est la galère comme métier. La presse écrite se casse la gueule, y a de moins en moins de poste pour plus de travail. Les journalistes que je connais sont sous-payés rapport à leurs qualifications et à la quantité de travail abattue, et sont exténués en permanence. Ils continuent parce qu’ils aiment leur métier, mais se font pas trop d’illusions sur ce que ce sera demain.
    Bref, le journaliste est une espèce en voie de disparation, et ceux qui resteront ne seront que des Sisyphe jusqu’à leur retraite.

    Mon conseil : écris des faux bouquins, dans lesquels tu racontes de la merde, comme Caroline Fourest ou BHL. Les journalistes te flagorneront, les commentateurs te citeront et le bas-peuple t’admirera.

    Sinon, au vu de tes articles, tu peux faire de la critique de bouquins. Mais là aussi, attention !, pas question d’être objectif. Ben ouais, ça reste une forme de journalisme…

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