La schizophrénie

Je viens de vivre la parfaite conclusion à la Journée de l’Absurde que fut ce vendredi.

À 20h30, subitement, l’Internet a décidé d’arrêter de fonctionner. Ce qui aurait pu n’avoir aucune importance si je n’avais pas prévu de passer le vendredi soir à rédiger un essay sur le traitement des désastres naturels dans les médias et si j’avais eu pour projet de passer la soirée accoudée au comptoir d’un pub comme il se doit.

Sauf que j’étais censée bosser, donc, COMME TOUJOURS EN CE MOMENT, mais ça c’est un autre problème. Je suis donc descendue demander au mec de l’accueil ce qui se passait – il faut savoir que les soirs et les week-ends, le management de la résidence est remplacé par des gardiens, qui sont juste chargés d’assurer une présence mais qui n’ont vraiment aucune idée de ce qui se passe dans cette baraque. C’est pour ça que quand le mec de garde m’a annoncé que 1° le réparateur venait lundi (on est vendredi soir, hein, pour rappel), 2° il ne pouvait rien faire, j’ai été 1° peu surprise (il ne peut JAMAIS rien faire de toute façon), 2° d’un zen impeccable (du moins en apparence).

Je me suis donc barrée avec mes livres dans un sac et mon ordinateur dans un autre, prête à conquérir le wifi de l’université. J’ai donc retrouvé la bibliothèque de City et son ambiance post-apocalyptique du vendredi soir.

Sauf que non. L’Internet de l’université était cassé aussi. Quand j’ai compris ça, je me suis dit que la situation commençait vraiment à puer des aisselles, passez-moi l’expression.

Trouver du wifi un vendredi soir dans un lieu qui ne soit ni une habitation privée, ni une université relève de l’impossible. Je m’en suis rendu compte en faisant le tour du quartier en écoutant Wuthering Heights de Kate Bush – parce que je cherchais Internet avec un désespoir à la mesure de celui de Kathy quand elle cherche Heathcliff dans Les hauts de Hurlevent.


Les Starbucks étaient fermés, déjà, et les MacDo, ben je suis pas sûre qu’ils aient du wifi ici. Alors j’allais pas m’acheter un Big Mac juste pour avoir le droit de m’installer et m’apercevoir ensuite que non, ils n’avaient pas le wifi, et que je me retrouvais du coup avec un burger à 500 calories sur les bras.

C’est assez abattue que je suis rentrée chez moi, persuadée que je n’arriverai jamais à écrire cet essay, et, par extension, à valider mon année. J’avais l’impression d’être plongée dans cet épisode de Tomtom et Nana où Tomtom a une addition à faire mais n’arrive à s’installer nulle part pour travailler. J’ai branché mon câble Ethernet sans conviction, essayé de me connecter, et vu que ça ne marchait pas. Alors j’ai décidé d’appeler Morgane pour lui demander l’asile digital. Et là, au bout de deux sonneries, BAM, l’Internet a décidé de refonctionner. J’en déduis que Morgane est dotée de pouvoirs divins et qu’il faudra la béatifier un jour (ça comptera comme son miracle).

Mais revenons-en à ce vendredi de l’étrange, donc.

En ce moment, je nage en plein remake de la chanson de Natalie Imbruglia Torn (souviens-toi les années 90). C’est-à-dire que je suis déchirée (oui, DÉCHIRÉE) entre mon léger mal du pays (ce matin les larmes me sont venues aux yeux à la seule évocation du mot “maison”) et la conscience que plein de choses me manqueront quand j’aurai quitté Londres. C’est ce que j’appelle la schizophrénie de l’étudiant en 3A, et je trouve que c’est un mal méconnu dont on ne parle pas assez. En gros, j’ai deux maisons, et quand je suis dans l’une, l’autre me manque forcément.

(Ce paragraphe me tend bien trop de perches pour insérer encore plus de vidéos neuneu dans cet article, et je ne vois pas pourquoi je ne la saisirais pas: )

En même temps tout à l’heure j’ai failli pleurer parce que personne n’est venu s’asseoir à côté de moi en cours, donc je pense être de toute façon dans un état assez émotif en ce moment (d’ailleurs c’est la pleine Lune, coïncidence? Je ne crois pas).

Ce qui va me manquer, par exemple, c’est mon quartier. Indéniablement, Angel est un des quartiers les plus agréables de Londres et j’ai une chance folle d’y habiter. Jack le chat va me manquer. Le pub du coin de la rue, qui sent le houblon jusque sur le trottoir, va me manquer.

La bouffe (naturellement) aussi. Saviez-vous que je peux atteindre en à peu près 20 minutes de marche, 1° un YO! Sushi, mon fournisseur officiel et préféré de poisson cru, 2° un magasin qui vend des cupcakes avec la tête d’Elvis dessus (MAIS OÙ JE VAIS TROUVER ÇA À PARIS, FRANCHEMENT), 3° un Breakfast Club qui vend des montagnes de pancakes à prix modiques, 4° un pub qui fait un Sunday Roast (rôti du dimanche, littéralement) de malade, et bien d’autres merveilles encore, comme un Jamie’s Italian ou une Hummingbird Bakery. Aussi, j’ai pris l’habitude de manger des Cheerios tous les matins et JE NE SAIS PAS COMMENT JE VAIS FAIRE QUAND JE NE POURRAI PLUS EN ACHETER.

Il y a aussi des trucs liés à City University qui vont me manquer. La bibliothèque pleine de livres sur des matières que je n’étudie pas et qui me donne l’impression d’être Lisbeth Salander quand elle épluche les archives de la Vanger Corporation (mais là c’est vraiment un effet de la nostalgie parce que la biblothèque de l’université est moderne et bien éclairée alors que je crois que la salle d’archives de Lisbeth n’a même pas de fenêtres). Ou la Pool : je vous l’ai pas dit, je crois, mais avant, il y avait une piscine olympique dans l’université. UNE PISCINE OLYMPIQUE. Bon, le fait est qu’ils l’ont recouverte, et maintenant c’est une salle avec des ordinateurs. Mais avant les étudiants pouvaient aller faire un plongeon entre deux cours et il reste encore les cabines dans lesquelles ils allaient se changer (je crois qu’elles servent de placards à archives).

Je vais même regretter les cuisines communes dégueulasses où il se passe les trucs les plus farfelus – l’autre jour, depuis un couloir, j’ai aperçu un type tout simplement étalé de tout son long sur le comptoir, en train de bavarder gaiement avec son pote qui s’affairait près des plaques chauffantes.

Rentrer d’Oxford Street en bus va me manquer. Réussir à choper la place à l’avant du bus au deuxième étage d’un Double Decker va me manquer.

Bon en revanche, les coupures d’Internet me manqueront moins. C’est toujours ça, hein.


One response to “La schizophrénie

  • Vincent

    Cet hommage à Tom-Tom et Nana m’émeut, m’autruche aussi. Je veux dire, je me souviens très bien de cette histoire en particulier.
    Mais à part, on écrit TOM-TOM ET NON PAS TOMTOM !, mince quoi à la fin.

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