Joan qui chante et Bob qui s’en fout.

La première fois que j’ai entendu Percy’s Song de Bob Dylan, c’était Joan Baez qui la chantait (comme de juste) et c’était dans Dont look back, un film du réalisateur D.A. Pennebaker, qui a suivi Dylan avec sa caméra pendant sa tournée de 1965 au Royaume-Uni.

(C’est un film absolument fascinant, filmé au moment où les groupies à peine pubères commençaient à attendre Bob Dylan au pied de son hôtel en s’écriant des choses comme “He’s so handsome!”, lui qui deux ans auparavant était un chanteur folk avec encore ses joues de bébé. C’est aussi l’époque où sa passion encore nouvelle pour les guitares électriques s’exprimait – à un moment, on le voit s’extasier devant la vitrine d’un magasin de musique et s’exclamer : “Twenty grand? They don’t make that kind of guitars in America!” – ou quelque chose d’approchant, je n’ai visiblement pas encore réussi à retenir tout le film par cœur, même après l’avoir regardé en boucle pendant tout l’été 2009.)

Par la suite, j’ai retrouvé l’enregistrement de Percy’s Song, cette fois chantée par Dylan, quelque part sur Internet, mais il faut reconnaître que l’interprétation de Joan Baez a quelque chose de particulièrement poétique, musical – en un mot comme en cent, BLUFFANT.

En regardant les commentaires de la vidéo sur Youtube, je me suis rendu compte à quelle point les gens y voyaient des histoires différentes selon leur point de vue. La plupart se contentent de dire qu’elle est formidable. Quelqu’un a fait remarquer que quand on regarde cette vidéo, on se sent comme si on était dans le salon de Bob Dylan et Joan Baez, elle à la guitare et lui à la machine à écrire, chacun plongé dans ses activités quotidiennes. Un type s’est aussi fait engueuler après avoir dit que ce serait quand même mieux si Bob Dylan n’était pas en train de taper un texte en bruit de fond, parce que “non mais t’imagines, si ça se trouve là il est en train d’écrire un de ses chefs-d’œuvre comme Visions of JohannaLeopard-Skin Pill Box Hat, ou Just Like A Woman…”.

Ce n’est pas l’histoire que je vois quand je regarde cette vidéo. Quand je la regarde, cette vidéo, ce que je vois, c’est Joan qui chante et Bob qui s’en fout. C’est Bob qui avait d’abord demandé à son autre amoureuse (et accessoirement ex), Suze Rotolo, de l’accompagner sur cette tournée, et qui avait attendu qu’elle refuse pour se tourner vers Joan. C’est Joan qui essaie d’attirer son attention, ou de s’occuper les mains et l’esprit en chantant (encore) une de ses chansons. C’est Bob Dylan qui, à un an de l’accident de moto qui va changer drastiquement le rythme de sa vie, attire les groupies au pied de son hôtel mais ne s’arrête pas de taper pour laisser chanter celle qu’il est censé avoir choisie, au bout d’un moment.

C’est Bob Dylan qui, à quelques mois de son mariage (tenu secret quelques temps) avec Sarah Lownds, se retourne quand Joan entonne Love is just a four-letter word et demande (vous entendez comme moi?): “I wrote that song. Didn’t I?

Yes Bobby, you did.

Mais enfin bon, je peux me tromper.


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