Power outage

La semaine dernière, je rentrais paisiblement de Sainsbury’s, un sac de cinq kilos dans chaque bras (constat : quand on porte soi-même tout ce qu’on mange, on mange moins) (mais ça pèse quand même une tonne), quand la lumière s’est subitement éteinte. Dans la rue. Je précise que c’était la nuit, la théorie de l’éclipse solaire surprise était donc exclue. Heureusement, les feux de signalisation fonctionnaient encore, sinon c’était l’aller simple vers le chaos le plus total.

Sur le coup, j’ai cru que c’était juste parce que le magasin derrière moi entreprenait de fermer et avait donc éteint sa lumière, ce qui expliquerait une baisse de la luminosité dans sa proche vicinalité.

Mais en rentrant chez moi, j’ai vite compris que mon quartier était victime d’une panne d’électricité de grande envergure, et accessoirement j’ai eu un bon aperçu de ce à quoi ressemblait une ville avant l’arrivée de l’électricité au XIXème siècle : à quelque chose de très flippant où chaque silhouette devient un violeur en série tapi dans l’ombre. Un type est sorti de sa maison avec l’air complètement ahuri de celui qui se retrouve plongé dans un remake du Jour d’après sans préavis. Dans le pub à côté de chez moi, on avait illuminé le bar avec des bougies chauffe-plats.

En voyant que les enfants de salauds chanceux de l’autre côté de la rue avaient toujours de l’électricité (et, par extension, de la lumière), j’ai prié pour que mon hall universitaire ait été épargné (ou qu’il ait un groupe électrogène de secours).

Sauf qu’en arrivant à l’entrée de la résidence et en voyant des flopées de gens en sortir, j’ai compris qu’il n’en était rien et qu’on avait nous aussi été propulsés chez les Amish.

Les Amish vous font dire que l'électricité, c'est le mal.

C’est quand on n’en a plus qu’on se rend compte à quel point TOUT dans ce bas monde fonctionne à l’électricité. Déjà, on pouvait rentrer dans le hall comme dans un moulin, puisque le système de fermeture fonctionne À L’ÉLECTRICITÉ (ce qui était très rassurant vis-à-vis des multiples violeurs en série susmentionnés et tapis à chaque coin de rue). Derrière le guichet de la réception, une alarme bipait, et personne ne savait comment l’éteindre. Des lumières de secours s’étaient mises en route dans les couloirs, donnant à l’ensemble un éclairage très glauque mais très salutaire au vu des circonstances.

Dans ma grande naïveté, je m’étais dit : “Au diable les varices ! Qu’à cela ne tienne, je resterai dans ma chambre plongée dans l’obscurité et je vaquerai à mes occupations en regardant notamment des vidéos de bébés chats sur Internet en attendant que le courant soit rétabli”. Sauf que non, mes camarades agglutinés dans les couloirs de la résidence m’ont vite fait comprendre qu’on n’avait plus Internet. Ni d’eau chaude. Ni d’eau tout court, en fait.

Alors là j’ai réalisé qu’on était plongés, non seulement en plein chaos, mais surtout en plein KOH LANTA.

Comme de juste, je venais d’acheter moult denrées fraîches au Sainsbury’s, mais il était hors de question d’ouvrir le frigo pour les y ranger (puisque le frigo en question ne produisait plus de froid et qu’il fallait éviter de laisser s’échapper le peu de froid qu’il lui restait). J’ai donc lâché mes sacs de course, les abandonnant à leur triste sort dans ma chambre (de toute façon, il n’y avait plus de chauffage non plus) et je suis allée me regrouper avec mes semblables sous une des lampes de secours, comme la belle brochette de moustiques que nous étions. Dans les couloirs, c’était Titanic, l’eau glacée en moins (ce qui ne représente, on est bien d’accord, qu’une différence mineure).

Voyant que le courant n’était pas près de revenir, et que l’heure du dîner approchait (il était AU MOINS dix-neuf heures), j’ai convenu d’aller au MacDo avec une des filles de mon étage qui était en train de se préparer à manger au moment du drame, et avait donc l’estomac aussi vide que le mien. Je suis donc retournée dans ma chambre prendre mes clés et mon manteau à la lueur de mon Macbook (une technique de sioux développée dans l’euphorie du moment) et on est descendues en espérant très fort que le MacDo ne serait pas lui aussi touché par la panne (pas de lumière, ok, pas d’eau, ok, pas d’Internet, à la limite, ok, mais pas à manger, ÇA NON). Heureusement, le point de ravitaillement était sain et sauf, et c’est l’estomac plein de frites et de cheeseburger que nous sommes retournées à la résidence pleines d’illusion d’espoir (“Cet immeuble, là, il était éclairé quand on est passées à l’aller? Non, hein? ÇA DOIT VOULOIR DIRE QUE LE COURANT EST REVENU.”)

Le courant n’était pas revenu. Et en plus, la fille de l’accueil nous a informé que les lampes de secours allaient bientôt s’éteindre

À ce stade, j’avais développée la migraine de l’enfer (celle qui te donne envie de t’injecter du paracétamol en intraveineuse et de mordre dans une lanière en cuir telle un marin se faisant amputer d’une jambe avec pour seule anesthésique un verre de rhum). C’est donc dans un état de semi-conscience que j’ai accepté d’aller à la bibliothèque de l’université (qui, ELLE, était passée sur un groupe électrogène après une coupure de courant d’environ deux minutes) (deux minutes pendant lesquelles mon SEUL REFUGE n’en était plus un) pour charger téléphone portable et ordinateur (et remplir des bouteilles d’eau) (et prendre une douche) (et demander un colis de nourriture envoyé par une ONG).

Au bout d’une demi-heure, j’ai, dans un éclair d’exhibitionnisme social génie, mis à jour mon statut Facebook, pour dire quelque chose du genre : “Y a plus d’électricité, y a plus d’Internet, c’est la sère-mi venez me cherchez LOL”. C’est là qu’une autre fille de mon hall a commenté et m’a avertie : “Tout est revenu à la normal il y a une demi-heure, rentre!”.

Quand ils m’ont entendu transmettre le message aux filles qui étaient venus avec moi à la bibliothèque, le couple d’étudiants asiatiques de la table d’à côté a prêté l’oreille et m’a demandé : “Tu parles de Liberty Hall? Tu veux dire que l’électricité est revenue? ÇA VEUT DIRE QU’ON PEUT REPRENDRE UNE ACTIVITÉ NORMALE?!”. J’ai confirmé, et on a entamé une danse de la victoire tous ensemble, dans la bibliothèque, en parlant tout haut oui mais ON S’EN FOUT, L’ÉLECTRICITÉ EST REVENUE, TU COMPRENDS??

Ensuite, on est toutes retournées à la résidence, où on s’est extasiées sur les merveilles du confort moderne pendant vingt minutes.

Puis, je suis allée dans ma chambre. J’ai appuyé sur l’interrupteur. La lumière s’est allumée. Et j’ai soupiré d’aise.

(Et décidé. De. N’écrire. Qu’en. Style. Télégraphique.)


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