Ces choses que je ne peux pas faire en Angleterre

Pour une raison que je ne m’explique pas, il y a certaines barrières (psychologiques, dirait probablement Carl Jung) (mais bon, je pense qu’on est tous d’accord pour dire que Carl a perdu toute crédibilité depuis qu’on l’a vu donner des fessées à Keira Knightley dans la bande-annonce de A Dangerous Method, non?) que je n’ai pas encore dépassées dans ma vie d’expatriée. En surface, je vis une vie normale (j’ai une chambre avec un lit dedans, je vais à l’université, je suis même inscrite à la sécurité sociale et tout) mais en réalité, la vie à Londres, parfois, c’est ni plus ni moins que KOH LANTA. En témoigne la liste de toutes ces choses absolument cruciales que je ne peux pas faire de l’autre côté de la Manche.

1° Envoyer du courrier sans poser un RTT

C’est bien simple, la dernière (et seule) fois que j’ai essayé d’envoyer un colis, j’en ai eu des collements dans la poitrine sous l’effet du stress. Une fois arrivée au bureau de poste (ce qui représente environ une demi-heure de marche, Google Maps ouvert dans le téléphone à portée de main), j’ai attendu dix minutes en regardant d’un air inquiet les enveloppes à bulles de tailles différentes. J’ai observé les gens pour élaborer une stratégie d’attaque et faire en sorte que mon colis soit bien prêt à mon arrivée au guichet. Sans succès. La dame derrière la vitre m’a expliqué au goutte-à-goutte les étapes de façon fort alambiquée et peu utile, si vous voulez mon avis. Je me suis trompée une fois de taille d’enveloppe. (À ce stade-là, je n’osais même plus regarder les gens qui faisaient la queue derrière moi). J’ai tout payé, elle a déposé une tripotée de timbres en tout genre sur le guichet, et le sticker pour la déclaration de douane à coller derrière l’enveloppe à bulles, et le timbre spécial pour l’enveloppe à bulles à coller sur l’autre face de l’enveloppe-attendez-je-vais-le-faire-devant-vous-pour-être-sûre-de-ne-pas-me-tromper. Ensuite, il a fallu se poser dans un coin et remplir la fameuse déclaration de douane (mon colis allait traverser le Pacifique, voyez-vous), et là, OH MON DIEU. Déjà, il faut cocher une des trois cases : “Cadeau”, “Documents”, “Produits commerciaux”. Dans mon cas, c’était “cadeau”, mais merci d’avoir gâché la surprise, les mecs. Ensuite, il faut indiquer le POIDS de ce qu’on envoie (ce que la dame du guichet, qui VENAIT DE PESER MON TRUC, n’a pas jugé utile de m’indiquer au moment où j’avais encore accès à la balance). Alors que j’étouffais dans mon manteau d’hiver et que de la sueur commençait à perler autour de mon écharpe (vous savez, quand vous avez un pull en laine et que vous sentez la sueur vous dégouliner dans le dos? OUI BEN VOILÀ COMME ÇA). J’ai indiqué le poids approximatif de ce que je m’apprêtais à envoyer (ça devait se situer dans les 3,4g). Puis j’ai relu la consigne et j’ai vu qu’il fallait indiquer ce foutu poids EN KILOGRAMMES. J’ai entrepris de me souvenir de mes tables de conversion tout en m’éventant avec mon enveloppe à bulles. J’ai fait une rature. J’ai compris que mon colis n’arriverait probablement jamais. Je me suis aperçue que j’avais un autocollant “By air mail – par avion” en trop. J’ai  glissé mon enveloppe à bulles dans la boite aux lettres, après y avoir collé un autocollant “By air mail – par avion” AU CAS OÙ. Je suis rentrée chez moi et j’ai pleuré sur la moquette de ma chambre. Je n’en suis pas encore ressortie à ce jour.

2° Aller chez le coiffeur – ou me faire couper les cheveux, de façon générale

La seule personne en ce bas monde autorisée à s’approcher de mes cheveux avec un objet tranchant est de l’autre côté de la Manche. Or, il se trouve que je rentre dans la catégorie des “filles chiantes à cheveux longs” qui menacent régulièrement leur coiffeur de procès et s’arment d’un taser le jour de la coupe de cheveu AU CAS OÙ il oserait couper un demi-centimètre de trop. Vous imaginez donc bien que je ne vais pas, par-dessus tout ça, m’en remettre à un coiffeur, dont a) je ne maîtrise pas PARFAITEMENT la langue natale, b) vit dans un pays où le SYSTÈME MÉTRIQUE est complètement différent du mien. Parce que non, je ne sais toujours pas combien font “deux centimètres et si tu coupes plus que ça je t’attache à une chaise et je te force à écouter Patrick Sébastien en boucle” en inches.

3° Traverser la rue sans risquer mes jours

Écoutez, je sais bien qu’en théorie, ça devrait être simple. C’est si logique que ça peut s’exprimer en syllogisme, regardez : “Les Anglais roulent à gauche, or, quand les gens roulent à gauche, c’est à gauche qu’il faut regarder d’abord avant de traverser, donc chez les Anglais on regarde à gauche avant de traverser”. SIMPLE, N’EST-CE PAS? SAUF QUE NON. Parce qu’ils ont aussi des exceptions. Et quand il s’agit d’éviter une voiture lancée à 80 km/h (sauf qu’ici c’est des miles, histoire de rendre le tout encore un peu plus simple), les exceptions, ça peut peser lourd. C’est bien pour ça que c’est écrit sur le sol, juste avant le passage piéton, de quel côté il faut regarder. “Look right”, “look left”, le gouvernement bienveillant (eh, c’est le Nanny State au bout d’un moment ou bien?) avertit le citoyen. SAUF QUE, PAS TOUT LE TEMPS. Dans ces cas-là, une seule solution : regarder fébrilement des deux côtés de la route comme Julian Assange qui aurait peur d’être pris en filature, et traverser à toute vitesse d’un pas sautillant comme Julian Assange quand il est poursuivi par un troupeau de poules.

(Je sens que cette dernière phrase vous laisse un peu sceptiques, permettez-moi donc de vous fournir une preuve en image de ce phénomène : )

4° Chauffer ma chambre dans des proportions décentes

Le radiateur électrique de ma résidence ne connaît que deux réglages : “four à pizza” et “froid polaire option ‘sauvons la planète et les ressources non renouvelables, qu’importe si nous devons perdre quelques orteils dans la bataille'”. Les gens normaux mettent le chauffage quand ils ont froid et le coupent quand ils ont assez chaud. Je mets le chauffage quand j’ai froid, j’attends que l’air dans ma chambre devienne irrespirable et que les températures m’obligent à vivre en bikini, je coupe le chauffage, la température redescend à des niveaux drastiques, mes orteils bleuissent et j’enfile une polaire par-dessus mon bikini. Régulièrement s’ajoute à l’équation le linge que j’étends dans ma chambre, qui désire pour sécher que je laisse le chauffage au maximum pendant au moins toute une journée, transformant par la même occasion ma chambre en sauna (avec la vapeur qui s’élève des vêtements et tout et tout). BREF, C’EST SYMPA.


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