I love Dippy

Quand je suis rentrée à Londres pour le deuxième semestre (qui commence demain, d’ailleurs – ne vous inquiétez pas, j’ai bien taillé mes crayons et préparé mon petit cartable), j’ai passé quelques jours toute seule en ville (parce que les gens responsables de ma folle vie sociale n’avaient pas encore regagné la capitale). Et, après avoir fait le deuil de toute ma vaisselle, j’ai décidé qu’il allait falloir que je trouve quelque chose de plus passionnant pour m’occuper que l’inventaire de mes orteils et le visionnage de documentaires sur la taxidermie.

Je suis donc allée visiter des musées.

À Londres, les musées sont immenses, gratuits et bien achalandés. Ceux que j’ai vus sont concentrés dans le quartier de South Kensington, et laissez-moi vous dire que dans le coin, on ne rigole pas avec les musées. À la sortie du métro, on est cueillis par des kilomètres de souterrains qui nous mènent directement au musée de notre choix (parfois directement dans le musée dans le cas du Victoria and Albert Museum – que j’ai visité au premier semestre). Et comme tous les touristes du coin ont tendance à se regrouper dans ce coin, il y a des affiches qui disent en substance : “Coming home after visiting the museums? Cette ligne de métro a tendance à être très encombrée alors si vous pouviez marcher cinq ou dix minutes pour prendre le métro a une autre station – ou encore mieux, prendre le bus – vous seriez des choux. Merci”.

Je suis donc allée noyer ma solitude au Natural History Museum et au Science Museum qui, comme la plupart des musées à Londres, sont gratuits, car financés par des subventions publiques. Sauf que, comme vivre avec des subventions, c’est un peu difficile, ils font tout leur possible pour lever des fonds et arrondir leurs fins de mois.

Tout d’abord, il y a les expositions temporaires (et payants). C’est-à-dire qu’à l’intérieur d’un grand musée gratuit, vous trouvez des installations au nom alléchant, qui nécessitent d’allonger cinq à huit livres pour y accéder. Par exemple, l’exposition John Martin : Apocalypse a attiré pas mal de monde entre janvier et septembre dernier, et a fait rentrer du même coup pas mal d’argent dans les caisses du Tate Modern (où elle était située). À ce propos, je l’ai vue, et, si je reste un peu dubitative quand à la façon dont John Martin dessine les éclairs (mais après tout, qui suis-je pour juger, quand je dessine on dirait que j’ai tenu le crayon avec mes pieds), j’ai été fort impressionnée par le tableau que voici, tellement populaire à son époque qu’il a généré à lui tout seul un marché de contrefaçon :

Ça s'appelle Belshazzar's feast et ça représente le festin du Roi Batlhazar avant la chute de Babylone - et moi aussi je trouve que Belshazzar est une orthographe un peu approximative du prénom Balthazar, mais bon.

À part les expositions temporaires, les musées peuvent aussi s’en remettre à la générosité des visiteurs. À l’entrée du musée, des urnes gémissent de déchirants appels aux dons. Une donation d’une livre est demandée en échange d’un plan du bâtiment. Plus original que l’urne ou l’appel au don classique, le Science Museum est parsemé de petits automates avec, par exemple, un œuf de dinosaure et une pancarte qui dit : “Si tu veux voir ce qu’il y a dans l’œuf, mets-y une pièce d’une livre!”. Dans le Science Museum, des affiches te rappellent à chaque instant que “Love science? Keep it free!”, pour te faire prendre conscience que tu es sacrément chanceux et que si tu n’es pas complètement ingrat tu glisseras un petit billet (ou une petite pièce) dans l’urne. (On dirait du second degré, dit comme ça, mais pas du tout. Je suinte le sarcasme par tous les pores, alors on pourrait confondre, mais en vrai je vous jure que je suis CONVAINCUE QUE L’ACCÈS GRATUIT À LA CULTURE POUR TOUS EST UNE CHANCE INESTIMABLE ALORS SI ON PEUT DONNER AUX MUSÉES IL FAUT LE FAIRE POUR QU’ILS PUISSENT CONTINUER À FONCTIONNER COMME ÇA ET QUE TOUT LE MONDE PUISSE EN PROFITER VOILÀ).

Sinon, il y a aussi les restaurants, les cafés et les boutiques de souvenirs. Le Science Museum capitalise beaucoup sur une de ses attractions qui plait énormément aux visiteurs : un simulateur de vol qui donne l’impression d’être aux commandes d’un des Red Arrows de la Royal Air Force.

Ceci est un troupeau de Red Arrows.

Mais le premier prix revient quand même au Natural History Museum qui, pour refaire son hall, a lancé une campagne de levée de fonds sur le thème “I love Dippy”. Dippy, c’est cet immense squelette de diplodocus (je suis très déçue, je pensais dans ma grande naïveté que c’était un vrai, mais en fait c’est une réplique) exposé dans le hall, justement, que j’ai pris en photo sous toutes les coutures :

“Mais”, vous dites-vous, “comment gagner des sous avec un squelette de diplodocus géant? J’en achète un tout de suite, le retour sur investissement doit être épatant!”. Eh bien, au Science Museum, pour trois livres, vous pouvez faire s’illuminer Dippy en rouge. Pour cinq livres, pour pouvez choisir la couleur. Et pour dix livres, vous pouvez le faire s’illuminer et rugir. Fustigez-moi, je trouve ça MIGNON.

Ils ont aussi tourné une vidéo qui reste bien dans le thème du mignon :

En tout cas, j’en connais un à qui la perspective de faire s’illuminer Dippy plairait bien.


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