I’m not the kind of person who finds themselves talking to strangers about how they forgot to put washing liquid into the washer.

… Or maybe I am.

Comme vous l’aurez peut-être compris à la lecture du titre ci-dessus, je viens de lancer une machine en oubliant d’ajouter de la lessive avant de fermer la porte du tambour. Le temps que je me rende compte de ma bourde, de l’eau commençait déjà à couler sur mes vêtements, m’indiquant que le cycle était commencé et que c’était même pas la peine d’essayer de rouvrir cette foutue porte, elle resterait hermétiquement fermée jusqu’à ce que la machine ait fini son boulot et j’avais qu’à repasser 45 minutes après le temps que mes fringues terminent de tourbillonner inutilement dans de l’eau chaude. Sur ces entrefaites, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que de me relever et d’expliquer aux trois inconnus qui bavardaient tranquillement, quelques peu interpelés par mes grommellements, que “I forgot to put laundry before starting it.” Sauf que “laundry” ça veut pas dire “lessive pour laver” mais “lessive, l’activité, le fait de laver ses vêtements.”

Bilan des courses, je suis passée pour une analphabète et j’ai perdu deux livres (la monnaie, pas les trucs qu’on met dans une bibliothèque) (ou dans un Kindle si comme moi vous êtes jeune et moderne), 45 minutes, et les 300 points de motivation que ça m’avait pris de descendre les deux étages qui me séparent de la laverie.

Ce n’est que le deuxième chapitre du retour en fanfare que j’opère depuis bientôt six jours à ma résidence universitaire londonienne. Voyez-vous, le soir de mon retour, samedi dernier, j’étais très soulagée de constater en ouvrant la porte de ma chambre que tout était à sa place. J’avais passé les trois semaines précédentes à imaginer tous les scénarios catastrophes possibles : que le management ait désactivé le pass qui me sert à ouvrir la porte de l’immeuble, croyant que je ne restais qu’un semestre, que ma piaule ait été dévastée par un incendie, que j’ai oublié un truc périssable dans un coin et qu’il se soit transformé en nouvel environnement biologique doté de son propre microclimat en mon absence. Vous pensez donc bien qu’en voyant que rien de tout ça ne s’était passé, je me suis frappé le front d’un air bonhomme en me disant que hein, oh, décidément, j’avais bien eu tort de m’en faire autant et qu’il faudrait que j’apprenne à me détendre, un peu.

Ça, c’était avant que j’aille dans la cuisine.

Parce que oui, voilà, mue par une sorte de pressentiment, je me suis dit que j’allais peut-être, par excès de zèle, aller voir dans quel état était la cuisine que je partage avec six autres heureux locataires, AU CAS OÙ.

J’ai ouvert les placards où, trois semaines plus tôt, j’avais laissé quelques provisions et toute ma vaisselle.

Rien.

RIEN, vous dis-je. Ils étaient complètement vides. Quelques restes de mes provisions étaient éventrés sur le comptoir, et j’ai vite compris que cette boite de Cheerios et ce demi-paquet de pâtes étaient désormais MES SEULES POSSESSIONS.

Je ne vous raconte pas le MÉGA PÉTAGE DE PLOMBS qui s’ensuivit.

Ou plutôt, si, je vous raconte. J’ai alerté une de mes colocs de cuisine, disons, qui passait par là. À peine étonnée, elle a vaguement fait dévié le cours de la conversation pour se plaindre que quelqu’un avait laissé du poulet cru dans le réfrigérateur avant de s’en aller. Du poulet cru, tu te rends compte? C’était dégueulasse, et ça coulait même, d’ailleurs il en reste un peu là…

J’ai  acquiescé en marmonnant un vague truc genre : “Ah ouais lol c’est dégueu”, tandis que mes jambes avaient déjà commencé à dévaler les escaliers menant à la réception. Je me suis plantée devant le type chargé de surveiller l’immeuble cette nuit-là et je lui ai expliqué que mon placard de cuisine là, ça n’allait pas du tout, qu’il n’y avait plus rien, NADA, KAPUT.

Il m’a dit que j’avais du les mettre dans le mauvais placard et que la personne à qui le placard appartenait ne devait rester là qu’un semestre alors forcément, l’équipe de nettoyage avait nettoyé.

Et là, ça m’est revenu comme un boomerang : au début de l’année, j’avais lu un truc dans la règlement de la copropriété qui mentionnait qu’il fallait ABSOLUMENT prendre le placard dont le numéro correspondait à celui de ma chambre. Docile comme un mouton, à mon arrivée, j’avais cherché cette saleté de numéro, et je n’avais rien vu. J’en avais déduit que c’était une instruction obsolète (un peu comme celle qui disait qu’on pourrait acheter une connexion Internet dès notre arrivée, ce qui était FAUX, je me rappelle très bien que j’ai du passer mon premier week-end à Londres sans Internet, ça me réveille parfois encore en sursaut la nuit) et j’avais pris un placard au pif.

Le type m’a dit qu’il fallait que j’attende lundi pour récupérer mes affaires, quand le manager serait là. Alors là, j’ai ouvert les vannes et fait ce que tout individu censé aurait fait à ce moment-là : j’ai fondu en larmes (overreaction, anyone?). Il m’a regardé d’un air profondément inconfortable en me disant : “No, no. Don’t cry.” (je me demande s’il existe quelque chose qui  mette plus mal à l’aise un individu de genre masculin qu’une fille qui pleure devant eux).

Ensuite, il est monté dans la cuisine avec moi et m’a montré où étaient situés ces PUTAINS de numéros. Comment vous dire, ils étaient inscrits aussi gros que dans un dictionnaire, au stylo bille, et c’est pas pour pinailler mais il se trouve que le numéro dans MON placard était à moitié effacé.

Comble de la frustration, le placard que j’avais pris au début était bien le mien, mais après j’avais changé, parce que je préférais celui qui s’est avéré être le n° 322.

Le lundi venu, le management et moi nous sommes lancés dans une grande enquête pour piger où toutes mes affaires avaient bien pu passer. J’ai du faire la liste de tout ce que j’avais perdu, et en voyant ça, la dame qui s’occupait de moi a dit que c’était beaucoup. Eh bien oui, il se trouve que j’habite ici à plein temps, donc je me paye le luxe d’avoir des assiettes ET des verres ET des couverts ET des poëles ET une casserole ET des Tupperware ET des verres ET des tasses, que veux-tu, ça doit être mon petit côté Marie-Antoinette. Bon, je dois avouer qu’elle était très gentille et que c’est en grande partie grâce à elle que je ne mange pas dans des assiettes en carton à l’heure où je vous parle (vous avez TROP cru que j’allais dire “au jour d’aujourd’hui”, hein?). À un moment donné, elle m’a demandé mon nom, alors je lui ai répondu : “Clémence” (mais prononcé à l’anglaise). Elle m’a regardée d’un air perplexe. J’ai complété en ajoutant mon nom de famille qui, prononcé à l’anglaise, ressemble un peu (mais alors juste un petit peu) au prénom “Micheline”. Elle a répondu “Aaaah yes, Micheline”, et ça y est, j’étais rebaptisée pour la matinée. Elle a fouillé tous les placards de la cuisine avec moi en s’extasiant, qui sur un mug à motif fleuri, qui sur un mug à motif Minnie, avant de m’emmener voir Andrew, l’assistant manager, qui est peu ou prou la personne la plus aimable et la plus souriante qu’il m’ait été donné de rencontrer. Il m’a aussi copieusement appelée Micheline, mais je m’en foutais, il était trop tard pour corriger, et puis il aurait bien pu m’appeler Anselme si ça lui faisait plaisir, du moment qu’il m’aidait à récupérer MES ASSIETTES.

Bon, finalement, j’aurais peut-être du me donner la peine de les corriger, surtout que je n’ai pas retrouvé mes assiettes, ni rien qui soit à moi, d’ailleurs. Tout a disparu et on doit être un bon millier à crécher ici, donc on ne va pas aller fouiller tout le monde (surtout que je pense que ce serait limite légal, quand même). Le management m’a remplacé quasiment toutes mes affaires en me donnant, comble de l’ironie, des affaires laissées là par des étudiants qui ne restaient qu’un semestre (enfin c’est ce que j’ai cru comprendre).

Enfin, message de service à l’enfant de salaud qui a volé la boite de Nesquick qui traînait sur le comptoir de la cuisine : elle était à moi, cette boite, je ne m’étais fait qu’un seul chocolat avec, et c’est vraiment très bas de voler le Nesquick de quelqu’un. Mais enfin si ça t’intéresse, j’en ai racheté.

J’aimerais finir cette note en vous retranscrivant ce mot que j’ai aperçu par la fenêtre d’une cuisine de la résidence peu avant Noël, et que j’ai presque apprise par cœur (malheureusement je ne m’en souviens plus exactement et cette œuvre-d’art n’est plus affichée) tellement elle m’a plu : “Food keeps disappearing – Can you FUCK OFF please and buy your own FUCKING FOOD. MERRY FUCKING CHRISTMAS.”


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