“Comfort food” et petites oasis du quotidien

Quand on part en 3A, on se raccroche à tout ce qui peut nous donner une sensation de familiarité. Enfin je dis ça, je suis pas partie au Mali non plus, j’ai juste traversé la Manche, mais même. Quand on n’est pas chez soi, on ne se voit pas sur un planisphère, et on ne ressent pas le fait qu’on ne soit qu’à 342 kilomètres de sa maison et de son petit lit. On n’est pas chez soi, un point c’est tout.

Alors depuis quelques jours, je suis dans un état émotionnel totalement normal et pas du tout inquiétant qui fait que je souris toute seule dès que quelque chose me rappelle le Monde Tel Que Je L’Ai Toujours Connu Et Qui Est Très Rassurant. Comme des madeleines de Proust, mais en pas pareil. Des Madeleines de maison.

Mes madeleines de maison sont globalement beaucoup moins poétiques que celles de ce bon Marcel. Il y a les papeteries Paperchase, par exemple. Eh oui. Les papeteries. Paperchase. C’est assez peu logique, d’ailleurs, parce qu’on n’a pas Paperchase à Paris. Mais justement. Paperchase, c’est le magasin que je dévalisais pendant mes voyages linguistiques, quand j’avais quinze ans, que j’étais jeune et folle et que j’aimais frimer avec mes carnets et mes coques d’Ipod trop cools achetés à Covent Garden. Alors quand, hier, j’ai découvert qu’il y avait un Paperchase à dix minutes chez moi, sans déconner, j’ai failli pleurer. À la place, j’y suis rentrée, et quand j’ai entendu à l’intérieur du magasin les premiers accords de ma CHANSON PRÉFÉRÉE DE TAYLOR SWIFT (en fait la seule chanson de Taylor Swift que j’écoute), j’étais bien partie pour me rouler par terre, faire du air guitar et chanter ma joie en alexandrins, tout ça en même temps. Paperchase + Taylor Swift = DOUBLE COMBO.

Ce matin, j’ai pensé pendant quelques minutes que j’étais sur la voie de la guérison et que le syndrome des Madeleines de maison ne m’affecterait bientôt plus. Parce que ce matin, je suis sortie et j’ai moins vu Londres. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. J’ai vu des bus à deux étages, des gamins en uniformes d’école, des pubs, des trucs typiquement british, quoi, et ça m’a moins sauté aux yeux. Alors, je me suis dit que peut-être, j’étais en train de m’habituer et que la vue d’un Paperchase ne m’émouvrait bientôt plus autant que la vision d’un steak au poivre d’un tableau de Monet.

Mais en fait, pas du tout. Dans l’après-midi, j’ai expérimenté une nouvelle manifestation du syndrome des Madeleines de maison. Et elle impliquait cette fois-ci de la nourriture.

Voyez-vous, avant mon départ, @pierre_alonso (le “@” indiquant que c’est aussi son nom sur Twitter, et vous devriez le suivre, c’est une personne sympathique dotée de goûts culinaires de qualité) m’avait recommandé les hamburgers du monsieur dans la guérite là-bas sur Chapel Market, reconnaissable à son cri de guerre : “WHO WANTS A BURGER?” et à son confit d’oignon.

J’ai trouvé Chapel Market. J’ai trouvé la guérite. J’ai commandé un hamburger. Le monsieur n’a pas dit “WHO WANTS A BURGER?” mais il m’a appelée Young Lady. Il a demandé si je voulais du fromage et j’ai dit oui. Il a demandé quel assaisonnement je voulais et j’ai dit du confit d’oignon. Il a demandé si je voulais du pain blanc ou complet et j’ai dit complet. Il m’a demandé si je le voulais “to eat now or to go” et j’ai répondu “to go” parce que, maligne que je suis, j’avais pigé en observant le client précédent que comme ça mon hamburger serait emballé dans deux sac en papier. Et comme les hamburgers répandaient des gouttes de gras en quantités généreuses, ça me semblait nécessaire, parce que j’ai une propension à me tâcher assez développée, voyez-vous.

Voilà la bête. Mais aucune photo ne saurait refléter toute sa magnificence.

J’ai mordu dans mon hamburger et là, tout d’un coup, j’ai compris toute l’ampleur de l’expression “comfort food”. C’est bien simple, à chaque bouchée, le monde était un peu plus beau et sentait bon le sable chaud. Je ne sais pas si c’était le meilleur hamburger que j’ai mangé de ma vie, mais c’est certainement celui que j’ai le plus apprécié. J’en ai grogné de satisfaction. Toute seule. Dans la rue. À plusieurs reprises.

Alors j’ai compris l’origine de cette légende urbaine qui dit qu’on prend forcément dix kilos en 3A. Avant de partir je m’étais dit que les dix kilos ne passeraient pas par moi, non madame, et regardez comme je me renseigne à l’avance sur les cours de zumba et comme j’achète bien des haricots verts chez Marks & Spencer et comme il n’y a pas une trace de chocolat dans ma chambre. Tu parles. On mange en 3A parce que ça fait du bien, tout simplement, de manger. Il n’y a qu’à voir comme les candidats de Koh-Lanta deviennent passifs-agressifs (ou parfois agressifs tout court, comme Moundir avant sa reconversion en aventurier de l’amour).

Sur ces philosophiques paroles, je vais m’acheter un paquet de cookies et je reviens.


3 responses to ““Comfort food” et petites oasis du quotidien

  • Pauline

    Aha, la comfort food.
    Pas qu’en 3A, pourtant.
    D’façon, même si t’achète que des légumes, et que tout est healthy chez toi, ça marchera jamais, parce que t’auras toujours toutes ses ptits boutiques, cafés, guérites et j’en passe, avec des trucs qui ont l’air trop bons, trop exotiques et trop réconfortants. Parce que trop sucrés et trop gras.
    Mais bon, c’est comme ça hein😀

    Je connais pas Paperchase. Mais je suis allée qu’une fois en Angleterre aussi. Ici, je suis tombée amoureuse de Papersouce. Bon.

    (j’ai trop l’impression que mon commentaire ne sert à rien, mais c’est pas grave, on va dire que c’est parce que c’est un blog de 3A et un commentaire sur un blog de 3A et que donc ça sert à rien, si ce n’est à faire semblant qu’on discute ensemble. A la maison, avec des madeleines et du tout. Toussa)

  • Cultural Fact #2 : You made it from scratch ?! | Drama Queen on Board

    […] juré de résister. Comme toute future 3A pleine d’espoir. (spéciale dédicace à Clémence). D’acheter des légumes, de cuisiner moi-même. Un bilan, so far […]

  • aude

    un article rempli de bon sens🙂

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