In bed with John and Yoko

Le samedi 13 août, Yoko Ono a annoncé sur Twitter que Bedpeace (qui est le film du bed-in pacifique qu’elle a fait avec John Lennon en 1969 à Montréal) était disponible gratuitement en ligne pour le week-end, puis jusqu’au 21 août. Si cette phrase vous a donné envie de vous jeter sur Youtube pour regarder cette vidéo LÀ MAINTENANT TOUT DE SUITE, ne cherchez pas plus loin :

Sur le compte Youtube de Yoko Ono, la vidéo est accompagnée de ce message :

“Dear Friends,

In 1969, John and I were so naïve to think that doing the Bed-In would help change the world.
Well, it might have. But at the time, we didn’t know.

It was good that we filmed it, though.
The film is powerful now.
What we said then could have been said now.

In fact, there are things that we said then in the film, which may give some encouragement and inspiration to the activists of today. Good luck to us all.

Let’s remember WAR IS OVER if we want it.
It’s up to us, and nobody else.
John would have wanted to say that.

Love, yoko

Yoko Ono Lennon
London, UK
August 2011”

Si elle a choisi de le rendre disponible gratuitement en ce moment, c’est parce, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il se passe des trucs pas très jolis et pas très peace and love en ce moment à Londres. À ce propos, vous voulez savoir comment je me sens à l’idée de partir bientôt en Erasmus et de me retrouver avec des riots sous mes fenêtres? Eh bien j’en sais rien, voilà comment je me sens. Je suis incapable d’avoir peur ou pas, parce que tout ce que je peux voir, c’est l’incroyable ironie de la situation. J’aurais pu aller n’importe où dans le monde (enfin presque, j’aurais pas pu aller chatouiller des manchots en Antarctique, par exemple – je le sais, j’ai vérifié), je choisis d’aller à Londres, alias LA destination pépère entre toutes, à deux heures de train de Paris, pas de visa à demander, pas de décalage horaire, pas de virus exotiques en circulation, RIEN, et bam!, une vague d’émeutes se déclenche avant que j’arrive.

Formulé comme ça, en fait, on dirait plus un juste retour des choses. “TA DESTINATION DE 3A EST BIEN TROP TRANQUILLE PRENDS TOI DES MANIFESTANTS DANS LA TRONCHE LOL”. Tu parles d’un retour de karma.

Mais bon, je ne pense pas que les émeutiers aient décidé de se révolter juste pour m’embêter non plus, même s’il est entendu que l’annonce de mon arrivée est sur toutes les lèvres depuis l’annonce des résultats d’affectation.

Pour en revenir à Yoko Ono, sa démarche ( poster la vidéo d’une action pacifiste pour faire passer un message de paix en pleine période de troubles) est à la fois incroyablement cool et adorablement naïve. Déjà, c’est de l’activisme dans de l’activisme (INCEPTION). On est tenté de se laisser doucement hypnotiser par tous ces doigts en V, par les longs cheveux de Lennon, et par les discours philosophico-poétiques et teintés de LSD de Yoko. Et finalement, on peut le faire, on est là pour faire l’amour, pas la guerre, vous voyez.

(cette phrase est sponsorisée par mon moi de 15 ans qui portait un bandeau sur le front et avait fait de Björk son idole vestimentaire)

Mais on est tout le temps rattrapé (en tout cas, moi, c’est ce que j’ai ressenti en regardant le film) par la pensée que ce n’est pas parce que deux personnes, même si ces deux personnes sont John et Yoko, passent une semaine au pieu, que la guerre va s’arrêter plus vite. Et la diffusion de ces images ne va probablement pas adoucir miraculeusement les rioters. Je pense qu’on est tous d’accord là-dessus.

Pourtant, on sait bien qu’il faut des gens pour prendre ce genre de mesures – il faut qu’il y ait des militants. C’est un peu  comme pour ces conseils de vie complètement psychédéliques que Yoko Ono distille sur son compte Twitter (un de mes préférés : “Think of all your movements in life as dance movements. Breathe. Watch. Listen. Touch. And move between the earth and the sky.”) : ils sont excessifs, ils sont presque leur propre caricature, et pourtant, si Yoko ne les dit pas, qui va s’en charger? C’est Yoko. Fucking. Ono, pas un étudiant en pleine crise altermondialiste qui t’explique sa vision du tiers-mondisme en se roulant un spliff avant d’aller souffler dans son didjeridoo. Le peace and love c’est son truc, il faut bien que quelqu’un se charge de conseiller aux gens de vivre leur vie comme une danse, et ce quelqu’un, c’est elle.

Alors, en 1969, John et Yoko on passé une semaine au lit pour rappeler aux gens que “La guerre est finie – si on le veut“. Au début du film, ils montent dans un avion pour rejoindre Montréal, puis ils s’installent, en pyjamas blancs, dans un lit de l’hôtel Reine Élizabeth. Ils s’entourent de vases de fleurs, d’affiches (sur lesquelles ont peut lire le fameux “Hair peace – Bed peace“), et d’un enfant a priori inconnu, qui s’avère être Kyoko Chan Cox, la fille de Yoko et d’Anthony Cox, dont elle a récupéré la garde quelques mois avant le bed-in.

Ça peut surprendre, mais John et Yoko n’ont pas passé une bonne petite semaine à dormir autant qu’ils voulaient dans leur grand lit tout blanc. À la place, ils ont reçu des journalistes et des admirateurs (et Timothy Leary, ce professeur à Harvard qui a inventé le LSD bien tranquille dans sa cave), ils ont chanté (Give peace a chance, notamment), et ils ont parlé avec des gens au téléphone – pas de la pluie et du beau temps, mais de sujets super relax, comme “COMMENT JE RAMÈNE LA PAIX DANS LE MONDE ET À QUOI BON VIVRE SI DES SOLDATS SE FONT TUER CHAQUE JOUR AU VIETNAM?”). À un moment, on entend même John Lennon expliquer qu’ils ne pourront pas recevoir tel invité (une chorale, si j’ai bien compris), parce que ça empièterait sur leur SEUL créneau disponible pour dormir.

Parfois, malgré toute cette euphorie peace and love qui nous enveloppe dans du coton tout rose, on a un peu envie de péter les deux jambes du cadreur, qui pense visiblement que c’est une bonne idée, pendant une discussion entre Lennon et un journaliste, de ne filmer QUE la tronche du journaliste en gros plan pendant dix bonnes minutes. Sans déconner, mec. Un des trucs les plus fascinants dans ce film, c’est la possibilité de découvrir John Lennon dans son costume d’activiste, le John Lennon qui chante Give peace a chance en pyjama et en chœur avec ses fans, et toi tu me films un JOURNALISTE pendant dix minutes? Non. Non. Non.

C’est au dessinateur Al Capp que l’on doit l’une des phrases les plus badass de tout le film :

” I think everybody owe it to the world to prove they have pubic hair.”

(ce qui est fait une référence sarcastique à cette couverture) :

Parfois, les journalistes se pressent autour du lit comme des adultes autour du berceau d’un nouveau-né.

Parfois, les fans défilent dans cette chambre les bras chargés de cadeaux, comme des Rois Mages venus déposer des offrandes.

Parfois, John et Yoko s’enlacent devant les caméras et on a presque l’impression de regarder de la télé-réalité.

Parfois, il se passe aussi des choses vraiment très étranges.

À la fin, John et Yoko se lèvent, enlèvent leurs pyjamas et renfilent de vrais habits, le personnel de l’hôtel vient nettoyer la chambre, celle-ci est nettoyée, les vases de fleurs vidés. Yoko se lave les cheveux et John les lui sèche avec le séchoir de l’hôtel. Ils sortent et on a l’impression de voir des spéléologues retrouver la lumière du jour (même si on les voit aller prendre l’air dehors pendant la semaine du bed-in).

Je crois que si je passais sept jours au lit, je ne voudrais plus jamais me relever.

Je vous ai fait un très joli slideshow avec les quintillions de captures d’écran que j’ai faites pendant le film – regardez-les toutes, sinon quelque part un chaton pleurera sur l’épaule d’un chiot.

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